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Comment le cinéma dialogue-t-il avec l'histoire ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'ouvrage de Sylvie Lindeperg , La voie des images. Quatre histoires de tournage au printemps-été 1944 (Ed. Verdier, 2013).

Avec : Jean-Louis COMOLLI Gérard MORDILLAT Christophe PROCHASSON
Jean-Louis COMOLLI : « Elle reconstitue la genèse d’un film. On arrive à comprendre les contradictions de la société française après la libération. Le travail de genèse sert d’analyseur des contractions de la société. On retrouve cette logique paradoxale : on va essayer de comprendre le moment historique comme le moment de la prise de vue. Ce temps de la prise est très riche car c’est l’aboutissement d’une série de conditions, de paramètres et c’est le moment où se révèle la force d’ici de là : la camera obéit au cadreur mais c’est avant tout une machine qui filme tout ce qu’il y a en face d’elle. Des fragments de réel sont enregistrés sans avoir été contrôlés par personne. Un état du monde visible nous est présenté qui manifeste une certaine liberté du cinéma et nous informe sur ce qu’on ne veut pas montrer.

[…] L’intelligence permet de mieux sentir et prendre corps avec l’événement.

Si on triche sur les images, on triche sur tout. Les limites du cinéma constituent la limite du regard du spectateur et, par là, ses limites de pensée. Aujourd’hui on fabrique un spectateur qui n’a jamais existé.

[…]Plus il y a de gens qui voient de fausses images, plus c’est grave : c’est tromper son monde. C’est un mépris du public affiché et un refus de l’intelligence. »

Christophe PROCHASSON : « Il y a une réflexion que l’on peut resituer dans ce qui se passe du coté des historiens : l’ébranlement du régime de vérité traditionnel chez les historiens. Depuis 30 ans, un certain nombre d’historiens a renoncé à concevoir que la vérité était constituée de faits. Ils se sont demandé comment tout cela est fabriqué, et se sont intéressés aux traces que sont les archives. C’est vrai aussi pour l’écriture et pour l’image. On s’intéresse à la fabrication de la source. L’image est encore plus dangereuse, il y a un effet de réel très puissant, un effacement de l’intermédiaire. Lindeperg nous alerte et nous en montre la fabrication. Les rushs sont un peu comme les ratures en écriture, et elles nous rappellent l’importance de leur analyse. La question du point de vue (cadrage) et du récit (montage) est abordée. Au fond, dans les films qu’elle étudie il y a de la mise en scène et de la réalité.

[…] Pour elle, le cinéma ne doit pas être un mode de connaissance. Elle plaide pour la mise en avant de l’intelligibilité des faits. Ce réalisme du film qui cherche à coloriser, à rajouter du son pour faire plus vrai est un point de critique important.

[…] Il ne faut pas s’arrêter à l’émotion, ce n’est pas le seul moyen d’information possible.

Il faut un respect documentaire fondamental qui ne doit pas être altéré par des techniques quelles qu’elles soient.

[…] Il faut montrer l’importance du point de vue, et c’est ca qui est important pour comprendre un fait historique. Dire que pour comprendre ce qu’est la guerre, il faille mettre de la couleur : c’est insupportable. »

Gérard MORDILLAT : « Bien mettre l’accent sur le fait que les images, de documentaire ou de fiction, sont des images fabriquées avant tout. Elle nous fait bien comprendre que même si l’image nous parait véritable elle ne donne que l’écho de l’histoire et non le fait brut. Ce qui est intéressant c’est ce que l’image ne nous montre pas. Le cinéma oblige le cinéaste à assumer un nombre de choses qui ne lui appartiennent pas (la lumière, le sixième plan, etc. constituent l’inconscient d’un film).

[…] L’émotion est la chose facile à mobiliser et annule la place du spectateur. Dans Shoah , la grandeur du film, ce n’est pas le témoignage des victimes, c’est qu’il réussit à filmer des anciens nazis qui expliquent comment fonctionne la machine. Je ne supporte pas le cinéma compassionnel. »

Sons diffusés :

  • Extrait de Au cœur de l’orage de Jean-Paul Le Chanois (1944)

  • Marie-José Mondzaindans Avventura (France Culture) de Laure Adler le 09/01/2008.

  • Daniel Costelle, co-réalisateur de la série télévisée Apocalypse : Hitler au Rendez-vous de Laurent Goumarre le 08/09/2009.

  • André Claveau – « Le coffre souvenir » (1944)

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 20/02/2013 intitulée « L’Histoire, la fiction, le je : Rencontre entre Ivan Jablonka et Philippe Artières », cliquez ici.

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