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Comment le cinéma parle-t-il de la télé-réalité ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la sortie de Reality , de God bless America , et de Superstar .

Avec :

  • Alain KRUGER

  • Mathieu POTTE-BONNEVILLE

  • Antonio CASILLI

Alain Kruger. « Il y a avec ces trois films une idée religieuse, de ce qui relie les hommes. Avec Reality , on voit comment les médias italiens ont imposé un certain « bling bling ». Berlusconi est parvenu à détruire le lien traditionnel italien qui était catholique et napolitain pour en faire un lien cathodique et hollywoodien. L’Italie qui avait la Vierge Marie, les légumes du marché et les poissons frais pour idéal a défait cette image au profit de la téléréalité. Avec God Bless America , on a une image de la vacuité totale de la télévision, qui montre à quel point on est passé de « In God we trust » à « In Gun we trust » puisque le héros se met à flinguer littéralement tout ce qui vient de la téléréalité.

Enfin, avec Superstar , on a la situation d’un homme célèbre malgré lui qui met en scène le désir mimétique des foules. »

Mathieu Potte-Bonneville : « Ces films posent la question du rapport du cinéma à la télévision. Il y a une histoire des films parlant de la télévision, qui sont toujours des films à double entente. Ils parlent à la fois de la télé réalité, mais aussi du cinéma, avec un plaidoyer en faveur de ce dernier. Dans leur charge contre la téléréalité, ces films font une démonstration de force cinématographique. La question est donc de savoir si on travaille l’objet « téléréalité » pour lui-même, ou si on fabrique un plaidoyer pro domo . Reality et God bless America butent ainsi sur un même obstacle, qui est que le discours tenu sur la téléréalité apparaît comme réactionnaire, comme une forme de regret.

La téléréalité a également changé la façon d’être soi-même. Elle rend fou parce qu’elle pousse chacun à coïncider avec son idéal le plus pur et en même temps avec sa quotidienneté la plus prosaïque. »

Antonio Casilli : « God Bless America restitue une image très primaire du contenu de la téléréalité et du malaise que les téléspectateurs peuvent ressentir, tandis que Reality nous montre que la téléréalité est un film berlusconien qui restitue la perception italienne, celui d’un rêve paradisiaque. Il faut voir comment, en Italie, la télévision a remplacé le lien social. Pour avoir accès à certains services publics, à certains réseaux de solidarité, il faut passer à la télé. C’est la télé qui permet la réinsertion de personnes précaires, la réparation des injustices. La télé n’a peut-être pas remplacé la religion, mais elle a remplacé l’Eglise italienne en tant qu’institution. »

Sons diffusés :

  • Bande-annonce du film Reality, de Matteo Garrone

  • Bande-annonce du film God Bless America, de Bob

  • Bande-annonce de l’émission Les Anges de la téléréalité sur NRJ 12

  • Alma Megretta, « Sud »

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