LE DIRECT

Comment s’est constitué notre imaginaire des bas-fonds ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'essai de Dominique Kalifa, Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire (Le Seuil, 2013).

Avec : Sylvie LAURENT Pascal ORY Hervé LE TELLIER
Sylvie LAURENT : « Kalifa fait quelque chose de remarquable, il revient sur cette idée que la littérature a créé un monde avec ses caractères et ses idéo-types, avec leur capacité de révolution ou leur incarnation de la décadence absolue de l’humanité. Il dépasse le travail Louis Chevalier car il étend son étude aux bas-fonds à Paris, mais aussi londoniens et new yorkais. Et il montre que la fabrication des bas-fonds est à la fois romanesque, mais également administrative et discursive. Le film nous pousse à nous poser deux questions : comment sommes nous amenés à construire nos bas-fonds ? On constate que le cinéma remplace progressivement la littérature dans la construction de nos imaginaires. Peut-on dire que les banlieues sont nos nouveaux bas-fonds ?

[…] L’une des raisons qui explique le succès de la comédie musicale, c’est que les gens y voient la Révolution Française de 1789. Mais je voudrais insister sur cette idée de la construction d’un imaginaire, nécessaire pour comprendre la société dans laquelle nous sommes. Et s’ils disparaissent, on peut aller les chercher ailleurs : dans le temps, comme Gangs of New York , ou l’ailleurs géographique avec Slumdog Milionnaire . Et toujours cette même question : est-ce que l’on est dans l’empathie ou dans le regard ethnographique ?

[…] A partir du moment où l’on conçoit que le bas-fond est une création fantasmatique et conjuratoire, il faut bien admettre que certains discours ramènent aux banlieues. Par ailleurs, il existe des tours opérateurs qui montrent les ghettos aux touristes : il y a toujours la volonté du bourgeois et du bien pensant de voir cette réalité en face, sans oser la vivre. Nous avons donc toujours besoin des bas-fonds, car ils ont une fonction sociale. »

Pascal ORY : « Il y a dans cette fantasmatique sociale, un écho de la Révolution. Pas seulement industrielle, mais à partir du moment où la souveraineté populaire est posée comme un référent historique, le peuple devient les masses ce qui génère une peur sociale. Même s’il y a une fascination, il y a une dimension politique importante.

[…] C’est un objet d’histoire culturelle, nous fonctionnons à l’imaginaire, c’est ça qui nous meut. Aujourd’hui qu’est-ce qu’il en reste ? Le cinéma est plus important que la littérature, les série aussi, mais je pense que la littérature y trouve quand même quelque chose. Beaucoup d’auteurs de policiers pensent qu’ils sont les vrais observateurs sociaux. »

Hervé LE TELLIER : « On n’utilise plus le terme ‘’bas-fonds’’ donc la question fondamentale est la disparition de ce terme dans l’évolution de la société, avec notamment l’apparition de l’Etat Providence. Non seulement la représentation imaginaire a des raisons de disparaitre, mais les raisons sociales aussi. Aujourd’hui la question qui se pose est de savoir quelle est la situation de ce qu’on appelait la « plèbe » avec les nouvelles terminologies qui apparaissent ?

[…] Il y a une dissociation qui s’opère progressivement entre crime et misère au cours du XXe siècle.

[…] « The Wire » présente dans sa première saison, ce que l’on peut appeler les bas-fonds. Dans le cinéma français, on n’a pas de films récents sur ces notions d’underground. Kalifa montre les représentations très réelles, mais aussi gothiques et fantastiques des bas-fonds d’autrefois. C’est une représentation allégorique des bas-fonds d’aujourd’hui. »

Sons diffusés :

  • Joseph Kesseldécrit les bas-fonds de Beyrouth (1927).

  • Dominique Kalifa dans Concordance des temps le 5 janvier 2013.

  • Reportage AFP « Un téléphérique pour les bidonvilles de Rio » du 10 juillet 2011

  • Irène Joachim – « Les Bas-fonds » tiré du film éponyme de Jean Renoir (1936).

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 13 mars 2013 intitulée « Rencontre entre Bruno Dumont et François Angelier », cliquez ici.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......