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Corée du Nord : comment parler d’un pays que l’on ne voit pas ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du récit de voyage de Jean-Luc Coatalem, Nouilles froides à Pyongyang (Grasset, 2013) et l'essai d'Antoine Coppola ,Ciné-voyage en Corée du Nord. L'expérience du film Moranbong (Ateliers des Cahiers, 2012).

Avec : Philippe TRETIACK Emmanuel LINCOT Hervé LE TELLIER
Philippe TRETIACK : « Quand on écoute Coatalem parler de son voyage, on se rend compte qu’en fait il ne dit rien, rien comme ce qu’il a vu. C’est au cœur de la question : comment arrive-t-on à parler de ces pays où, quand on y va, on ne voit rien. Le livre met bien en scène quelque chose de cette vacuité, de cette latence, de ces absences, malgré tout on arrive à percevoir quelque chose de ce monde qui nous intrigue. Mais pourquoi sommes nous tellement fascinés par ces lieux effrayants ?

[…] Pourquoi est-ce que ces régimes invitent des gens qui vont dire du mal d’eux ? C’est le cas de l’Iran, la Biélorussie. Je pense qu’il y a deux raisons : économique car ils ont besoin de nos devises, et deuxièmement leur nationalisme, ils ont envie qu’on parle d’eux, de montrer qu’ils existent.

[…] Dans les petits films de Lemarque on voit le hors champ, et ce genre de chose là n’est plus possible aujourd’hui, les moyens de propagande sont plus importants aujourd’hui.

Intéressant de comprendre comment « La Jetée de Marker » trouverait son orgine dans ce voyage.

Dans ces images il y a quelque chose qui nous plait, vintage, ce sont un peu des images de mode.

Emmanuel LINCOT : « Les deux ouvrages se complètent tant sur le thème que sur la liste d’interdits dressés, i.e. de ce qui se dit entre. De même pour les cinéastes, il s’agit de montrer ce que l’on cache. C’est là toute l’ambigüité du tropisme des artistes français pour les pays et l’exotisme communistes extra orientaux. Certains souscrivent pleinement à la religion qu’est le communisme. Ce« Voyage Potemkine » est parfaitement balisé mais en même temps, il y a des gens qui reviennent avec un regard très critique de ce qu’ils ont vu.

[…] Il y a une adhésion plus ou moins volontaire à une foi communiste. Il faut faire une différence entre régime totalitaire et autoritaire. En Iran il y a une libre parole, ce qui n’est pas le cas de la Corée du Nord et l’histoire de Lanzmann nous paraît encore plus belle. Dans les grosses machines totalitaires les individus n’avaient plus de noms, de singularité.

[…] En 1956, le monde communiste se fracture entre plusieurs obédiences et les nord coréens se positionnent comme alternative au communisme soviétique.

[…] On est dans l’impossibilité du discours. Il y a quelque chose de castrateur dans ces régimes, rien ne permet de s’exprimer ni même après le voyage.

Hervé LE TELLIER : « C’est un voyage dans le stalinisme ossifié, froid au delà du rideau de fer. On imagine ce qu’aurait pu être le compte rendu de la visite de ces 5 intellectuels. Il y a un vide relationnel organisé, un vide du voyage lui-même. L’une des ambigüités de ces voyages quand on en revient c’est qu’on ne sait mémé plus si on peut en parler négativement, au risque de répondre aux attentes des organisateurs.

[…] Il y avait une nécessité pour des gens comme Lanzmann, Marker, Gatti d’aller sur place pour aller voir ce qu’il se passait et ils sont revenus sans avoir compris et à aucun moment ils ne le prétendent.

Son diffusé :

  • Jean-Luc Coatalem dans Les Matins de France Musique le 22/02/2013.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 7 mars 2013 intitulée « 1913 : l’émergence d’une style français », cliquez ici.

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