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Créer en temps de guerre

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'exposition L'art en guerre, France 1938-1947, au Musée d'Art Moderne de Paris jusqu'au 17 février 2013.

Avec :

- Geneviève BRISAC

- Pascal ORY

- Christophe PROCHASSON

Geneviève Brisac : « Cette exposition est un événement, qui a demandé cinq ans de préparation. Cela n’avait jamais été fait. De plus, elle est installée au musée d’art moderne, où fut inauguré en 1942 un accrochage vichyssois de peintures patriotes et familialistes. L’exposition interroge l’histoire des artistes de la guerre d’Espagne au début de la guerre froide. C’est sans doute la deuxième partie de l’exposition qui est la plus passionnante, sur l’art dans les camps d’internement et dans les camps de la mort, qui ont été des lieux de résistance par la création.

Ce que l’on voit très bien, c’est que selon qu’on est un juif déporté dans un camp, une femme, ou encore une personne partie dans le Midi et qui a tout perdu, la sincérité de l’émotion est liée au fait qu’on a des artistes qui ne représentent pas spécifiquement la guerre, mais expriment ce qu’ils ont à exprimer. »

Pascal Ory : « C’est une exposition importante, parce qu’on découvre des artistes qui nous sont inconnus, et parce que c’est presque un manifeste qui pose vraiment la question de rapport entre l’art et la guerre. Voilà la théorie centrale développée dans cette expo : les artistes ne sont jamais isolés du monde, ils n’échappent pas au destin, certains d’entre eux sont des victimes. Bouts de ficelles, boites d’allumettes permettent de survivre. Tout cela résonne dans d’autres formes d’art, comme la littérature. On peut souligner que la période choisie n’est pas 1939-1945, ce qui aurait été inexact, mais 1938-1947. Ces dates correspondent à deux expositions du surréalisme. La Libération est un retour au premier plan de toutes les avant-gardes qui étaient en plein déclin au moment de la déclaration de guerre.

Il y a plusieurs manières d’intégrer la guerre à son œuvre. Evidemment, dès lors qu’on a un regard d’historien, on peut surinterpréter et dire que la guerre est partout : elle est ainsi présente dans toutes les œuvres de Picasso, même quand il ne s’agit pas de Guernica . Après tout, le succès de l’abstraction à la Libération est une manière de dire qu’on ne peut plus figurer quelque chose quand on sort de cette épreuve. »

Christophe Prochasson : « On trouve un vrai plaisir visuel dans cette exposition, qui est très intelligemment faite. Elle montre ce qu’on peignait, mais aussi ce qu’on voyait ou ce qu’on ne voyait pas dans la réalité de l’époque. On entre dans une exposition qui nous parle d’une exposition, celle de 1942, dans laquelle il n’y a pas que des toiles académiques. On y trouve aussi des toiles modernes. Ce qui est le plus frappant dans l’exposition, c’est qu’on ne voit pas beaucoup la guerre. Si on compare avec les productions de la Première Guerre mondiale, on a le sentiment que la guerre est moins présente ici. Les toiles de Fautrier sont très intéressantes, mais pour savoir qu’elles ont été peintes en temps de guerre, il faut regarder le titre : les toiles elles-mêmes ne le montrent pas. Les artistes sont immergés dans la guerre, mais ce qui frappe, c’est son inactualité. C’est une façon de résister à la guerre en la contournant ou en l’effleurant.

Certes, Picasso dit : « Je n’ai pas peint la guerre, parce que je ne suis pas ce genre de peintre qui va comme un photographe à la quête d’un sujet ». Je ne dis pas qu’on ne peut représenter la guerre que de façon réaliste. Mais il est difficile de trouver des marques qui diraient le temps, entre l’avant, le pendant, et l’après de la guerre. »

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