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Des assassins et des meurtriers réunis... dans un dictionnaire

28 min
À retrouver dans l'émission

A partir du Dictionnaire des Assassins et des Meurtriers (Calmann-Lévy).

Avec :

- Gérard MORDILLAT

- Pascal ORY

- Hervé LETELLIER

Gérard Mordillat : « L’assassin se porte bien ! C’est une figure indémodable, dans la réalité comme dans la fiction. Les auteurs, un peu comme les assassins, viennent un peu de tous les horizons. Il convenait d’essayer de les classer. A la lettre « A », c’est le terme même d’assassin qui est défini. A la lettre « C » vient Caïn, qui tua son frère Abel dès le livre IV de la Genèse, ou encore Charlotte Corday. Et à « J », on découvre avec surprise Judas, qui n’a jamais tué personne. C’est le plaisir de ce dictionnaire : chaque entrée provoque soit l’adhésion du lecteur, soit les critiques. Il y en a pour tous les goûts. Les auteurs du dictionnaire, comme les assassins présentés, viennent de tous les horizons : ils sont historiens, sociologues, romanciers… mais à mon sens, il manque un vrai poète.

Les assassins dans la réalité s'inspirent de ce qu'ils ont pu lire ou voir, ils essaient de reproduire quelque chose. Donner la vie et la reprendre, voilà les gestes fondamentaux qui donnent sans doute aux assassins le sentiment d'être des dieux. Il est difficile de comparer les meurtriers entre eux : ils sont trop différents. Il est donc de réfléchir à la définition de l'assassin en soi.

La Torah dit : ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse. L’assassin trahit ce commandement. Pourtant, Dieu a été utilisé pour justifier des meurtres épouvantables. On a énormément tué au nom de Dieu. »

Pascal Ory : « Ce que j'ai appris en recevant le livre, c'est qu'il faut distinguer assassin et meurtrier. Pour les juristes, l'assassinat est prémédité, et le meurtre est une catégorie plus large. On peut alors s’interroger sur les mots en « -cide », qui sont plus ou moins favorisés : le parricide est le meurtre suprême dans l’Ancien Régime être un régicide, c’est être d’abord un parricide et n’oublions pas non plus l’infanticide et le suicide, pour lequel on est assassin de soi-même.

Ce dictionnaire montre à quel point fiction et réalité s’entrecroisent. La récupération mythologie de Néron est importante, on ne saura jamais ce qu’il a vraiment accompli. Le romantisme a joué un rôle important dans la construction artistique de la figure de l'assassin. Thomas de Quincey, par exemple, publie au 19ème siècle un très beau texte, De l’assassinat considéré comme un des Beaux-arts . On a aussi la figure de Lacener, très conscient du personnage dandy qu'il joue, et qui met magistralement sa fin en scène.

A cause de l'absence de Dieu, sont absents les grands assassins de masse, Hitler, Staline, Mao, de même que tous les grands conquérants, les grands chefs de guerre. Le meurtrier est un révélateur d’une société : prenez Landru, petit bourgeois français type dans une période d’assassinat légitime qui est 1914-1918. »

Hervé Letellier : « Ce qui justifie l’association de meurtriers de fiction et de réalité, c’est que tous les meurtriers de fiction, comme Dexter, condensent les caractéristiques d’assassins divers. On trouve dans cet ouvrage un effort des auteurs pour rattacher les notices de fiction à du réel ou à du concret. Sur Jack l'éventreur, on voit des allers-retours entre la fiction qui crée des personnages réels, et les personnages réels qui inspirent la fiction.

Il n'est pas étonnant que Marx ait été intéressé par la question du crime : la criminalité explose au 19ème siècle, ce qui est lié à la paupérisation extrême de la population. Il y a dans le crime une dimension sociale qui s’exprime. Par exemple, Jekyll se passe dans le contexte du Londres inégalitaire du 19ème siècle, dans lequel les prostituées assassinées sont considérées comme du bétail.

On peut souligner un oublié de ce dictionnaire : Dieu. Dans la Bible, il est le plus grand meurtrier, car au moment du Déluge, il extermine toute une population. Quant à Caïn et Abel, le texte ne rend pas compte d'un élément primordial, le fait qu’une traduction possible du texte biblique est : « Caïn dit à son frère… et il ne dit rien, et le tua ». Dans ce cas, le silence apparaît comme l’origine de la violence, tandis que la parole est libératrice, et permet de l’éviter. »

Sons diffusés :

  • Extrait de Landru, de Claude Chabrol (1963).

  • Extrait de La cérémonie , de Claude Chabrol (1995).

  • Extrait de De l'assassinat considéré comme un des beaux arts , fiction à partir de l’œuvre de Thomas de Quincey, France Culture, 10 juin 2006.

  • Extrait de L'assassin habite au 21 , de Henri-Georges Clouzot (1942).

  • Extrait de La nuit du chasseur , de Charles Laughton (1955).

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