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Existe-t-il une guerre juste ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A partir du roman « Yellow Birds » de Kevin Powers (éditions Stock).

Avec :

Sylvie LAURENT.

Marc WEITZMANN. Mathieu POTTE-BONNEVILLE.

Sylvie Laurent : « Les écrivains sont-ils les meilleurs historiens ? […] Les romanciers ont donné de la guerre une expérience, un récit, un sens qui permet à l’ensemble de la société de construire quelque chose comme une mémoire collective ou un lieu de mémoire. […] Donc la première question que j’ai envie de poser à partir de ce livre, c’est : dans quelle mesure est-ce que ce livre de Kevin Powers participe de la construction d’une mémoire collective américaine autour de cette guerre longue et invisible ? »

Marc Weitzmann : « Ce n’est pas exactement le livre d’un vétéran. C’est un écrivain qui utilise son expérience pour écrire un roman. Donc il y a une démarche volontaire. Il serait intéressant de savoir pourquoi il a choisi de faire la guerre. Il ne le dit pas dans le livre. Et je ne sais pas s’il l’a dit dans une interview. En tous cas, ce n’est pas une lecture sur l’Irak (même pas du tout). Le vrai thème du livre est le mensonge, les promesses qu’on ne peut pas tenir. »

Mathieu Potte-Bonneville : « Marc disait que l’auteur s’était servi de son expérience pour écrire un roman. On a le sentiment que l’inverse est également vrai. C’est-à-dire que le roman est écrit par l’auteur comme une manière de restituer d’abord et avant tout pour lui-même sa propre expérience. Une forme de pratique de soi par l’écriture. Quelqu’un qui écrit le roman non seulement pour raconter (pour rendre visible) la guerre mais dans une dynamique de reconstruction de lui-même. Et des éléments de fiction sont mobilisés à cette fin-là. »

Sylvie Laurent : « Les grands livres de guerre (et en l’occurrence dans l’histoire de la littérature américaine, le plus grand livre de guerre, le livre de Stephen Crane sur la Guerre civile où il ne dit pas où, il ne dit pas quand), c’est la guerre, toutes les guerres. […] La guerre a partie liée avec la littérature. […] On n’écrit plus de la même façon avant la Guerre civile et après la Guerre civile aux Etats-Unis. […] On n’écrit plus de la même façon avant la première Guerre mondiale et après la deuxième Guerre mondiale. […] Le petit problème, c’est que cette guerre-là n’est pas comme les autres. Cette guerre-là est marqué du mensonge depuis le début : non seulement les buts de la guerre, mais aussi les raisons de la guerre, ce qui s’est passé pendant dix ans. […] La raison pour laquelle on y est, c’est parce qu’il y a eu mensonge. […] L’Amérique le sait. C’est un scandale national, […] mais où est l’écrivain ? Où est l’écriture ? […] J’aimerais savoir comment on pourrait avoir un nouveau langage, une nouvelle écriture de la guerre, après l’Irak. Et je n’ai pas la réponse avec ce livre. »

Sons diffusés :

  • Archive de Kevin Powers sur le site sceptrebook.com le 03/08/12.

  • Archive de Kevin Powers sur PBS le 04.10.2012.

  • « More Yellow Birds » de Sparklehorse.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 02.03.13 intitulée « Grand entretien avec René JACOBS », cliquez ici.

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