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Existe-t-il vraiment des raisons d'espérer en culture ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion du Forum d'Avignon, qui a pour thème "Les raisons d'espérer en culture", et du rapport éponyme.

Avec :

- Stanislas NORDEY

- Patrick BOUCHAIN

- Alain BUBLEX

Stanislas Nordey : « J’ai trouvé ces études particulièrement atterrantes. Elles proviennent d’un cabinet de conseil en stratégie, Louvre Alliance, dont la devise est : « Les réussites humaines s’appuient d’abord sur la culture, le calme et la mesure »... ça commence très mal ! L’objectif du forum est d’approfondir et de valoriser les liens entre culture et économie. En d’autres termes, il s’agit de fossoyer le Ministère de la Culture. Le directeur général du forum d’Avignon dit que la culture est un sport collectif. Pourtant, les artistes sont presque absents : il faut les remettre au centre des conversations, leur demander ce dont ils ont besoin. Il y a une grande place donnée aux fondations et au mécénat. C’est une ode au mécénat privé. Une fois encore, on se substitue au Ministère de la Culture, qui pourtant soutient cette initiative. Est-ce parce qu’il n’est plus audible ? Sur le contenu, les rapports citent à tout bout de champ Deleuze qui doit se retourner dans sa tombe, Pasolini, Didi-Huberman… Ils sont cités, pillés. A côté de cela, on a un ramassis de lieux communs. Ce qui m’a frappé c’est la manière dont des cabinets privés pillent des intellectuels.

La question de l’argent est nécessaire mais pas suffisante. Dans les années Lang, il y avait certes beaucoup d’argent, mais il y avait surtout de la pensée. Or, les artistes pensent, ils ont des choses à dire, il faut donc les écouter pour voir ce dont ils ont besoin pour fabriquer. Commencer par là, cela permet de remettre de la pensée, et de mieux répartir les moyens financiers. L’argent n’est pas suffisant…

Aujourd’hui, on n’est pas du tout désespéré : les artistes ont inventé, ils inventent, ils inventeront. Les questions sont celles de la diffusion des moyens, de la transmission. La raison d’espérer dans l’art est toujours là, même si les budgets baissent. Les moyens sont insuffisants dans le domaine public, évidemment il faut plus de moyens, mais il faut remettre la pensée au centre : c’est s’il y a un déficit de pensée que quelque chose peut s’écrouler profondément. »

Patrick Bouchain : « Dans ce forum, le PDG d’Accor multiplie les annonces de bonnes intentions. Mais, plutôt que de faire des forums pour dire le contraire de ce que l’on fait, faisons des choses utiles et commençons par accrocher de vraies œuvres d’art dans les hôtels, ce qui constituerait un commande privée extrêmement importante. Il faudrait venir raconter ce que l’on fait, et non ce que l’on voudrait faire ou faire faire aux autres sans les rencontrer.

J’ai beaucoup participé à la politique de Jack Lang : il y avait plus d’argent, mais aussi plus de curiosité et de liberté. Pour que la pensée évolue, il faut une liberté de recherche, une liberté de passer à l’acte. L’art est expérimental, on ne peut savoir ce qu’il va produire. A vouloir tout programmer, on ne programmera rien d’autre que du marché, qui est tout le contraire de l’art.

Ce qui est déplaisant dans le forum, c’est le mélange de toutes les dimensions : culture, art, compétitivité, attractivité. On mélange tout, et on finit par oublier que l’économie n’est qu’une petite chose par rapport à l’art. Elle se place là où le commerce est rentable, puis elle se déplace au fil des opportunités tandis que l’art est toujours présent.

Quand je travaillais pour Lang, je ne travaillais que sur des petits projets impossibles, qui ne pouvaient se faire que parce qu’il y avait un soutien à l’idée. Si l’Etat jouait son rôle en coordonnant les crédits avec ceux des collectivités, on pourrait avoir des résultats plus probants. »

Alain Bublex : « Avant de lire le rapport, je n’étais pas désespéré, donc il m’a paru absurde. Jacques Attali y compare la culture à la mer. En lisant, on a plutôt l’impression que c’est un petit gâteau, qui attirerait tout à coup des gens qui voudraient le faire grossir. C’est comme ça qu’on crée une industrie de la culture dont le seul but serait de s’auto-entretenir. On en oublie l’objet même de ce forum : la création.

L’objectif de l’industrie et de l’économie n’est pas la culture, mais le gain. L’art est ce qui nous permet de voir le monde, l’économie est ce qui permet de vivre du monde. On veut réconcilier ces deux éléments, mais on peut se demander comment l’industrie culturelle va produire quelque chose d’improductif.

Une baisse de budget m’inquiète moins qu’une augmentation de budget accompagnée d’une obligation de succès ou de rentabilité. Si avoir plus d’argent, ça veut dire produire un objet rentable, alors mieux vaut ne pas en avoir. L’important en termes d’art et de culture, ce n’est pas en parler, c’est de les faire. »

Sons diffusés :

  • « France Culture » d’Arnaud Fleurent Didier.

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