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France - Algérie : que faut-il commémorer ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la commémoration du 17 octobre 1961, et de l'exposition Vies d'exil.

Avec :

- Pascal BLANCHARD

- Christophe PROCHASSON

- Marc WEITZMANN

Pascal Blanchard : « Le 17 octobre 1961 est la première grande manifestation coloniale en plein cœur de la capitale de l’empire. C’est donc un moment de mémoire. Ce soir, à 18 heures, cette date va être commémorée à Paris, et au même moment a lieu l’exposition Vies d’exil à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Ces deux événements résonnent : comment commémorer ce passé ? Faut-il proposer un récit plutôt positif d’Algériens avec leurs familles qui pour la première fois s’installent dans ces années de guerre, ou bien commémorer la violence ? N’y a-t-il pas une troisième voie, celle de la création d’un musée d’histoire coloniale qui manque toujours dans notre pays ?

L’histoire coloniale est une histoire longue, une histoire très ancienne du rapport à l’autre, qui s’étend sur cinq siècles. Cette histoire coloniale pose problème, on n’arrive pas à fixer le curseur pour produire un discours convenable. Les photographies, les images, peuvent y prendre part car elles montrent une réalité : il n’y a pas que la source écrite pour raconter un temps. Par définition, faire une exposition, c’est produire un discours. »

Christophe Prochasson : « Les historiens ne sont pas les mieux placés pour dire ce qu’il faut commémorer, et comment le commémorer. Ils doivent se dégager de l’impérialisme de la mémoire, ce qui n’est pas facile dans une histoire coloniale qui renvoie à des plaies identitaires encore vives et des enjeux politiques très forts. Cette histoire est encore très imprégnée par le commerce de la mémoire, qui est un élément fondamental dans la transmission, avec un attachement à mettre en évidence des images ou des films. Chez les historiens, l’histoire coloniale se résume souvent à la question des relations entre la métropole et l’empire, et n’analyse pas ce qu’est un ordre colonial sur place.

On peut se réjouir des commémorations, des expositions, ou des musées, mais c’est un rapport particulier à l’histoire, empathique et à plus forte teneur idéologique que l’écrit ou qu’une approche universitaire. »

Marc Weitzmann : « Les commémorations sont toujours des discours collectifs. Quand on commémore, on n’est pas exactement dans un discours historique, mais dans un discours idéologique, dans une représentation. Ce n’est pas l’histoire de la guerre d’Algérie, mais une manière de raconter l’histoire de cette guerre à travers des fragments de la vie quotidienne des Algériens en France, dont les harkis sont par ailleurs absents. Cela renvoie à une forme de vision progressiste de l’histoire, avec des étapes nettes, de la colonisation à l’indépendance puis à l’amélioration de la situation. Cela renvoie à des conceptions distinctes de l’histoire : va-t-elle dans une direction, ou est-elle une série de conjonctures et d’accidents ? »

Sons diffusés :

  • Didier Daenninckx dans La Grande Table , le 17 octobre 2011.

  • Benjamin Stora, conférence dans le cadre de l’exposition Vies d’exil , le 11 octobre 2012.

  • « Ya el menfi », de Akli Yahiatel

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