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Gaëlle Obiégly en 2016

Gaëlle Obiégly plonge dans une communauté survivaliste

27 min
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Nous recevons Gaëlle Obiégly, écrivaine, pour son dernier roman, "Une chose sérieuse" (Gallimard / Verticales). Une plongée dans l'intériorité d'un marginal, qui a rejoint une communauté survivaliste, l'ermitage : ses pensées, ses pulsions, son amour pour Jenny la sauvage, son goût pour l'écriture.

Gaëlle Obiégly en 2016
Gaëlle Obiégly en 2016 Crédits : Francesca Mantovani / Editions Gallimard

Une toute première incursion dans la rentrée littéraire de janvier avec notre invitée, la romancière Gaëlle Obiégly, qui publie le 3 janvier prochain Une chose sérieuse aux éditions Verticales. Une immersion dans l'esprit chaotique de son narrateur, Daniel, autiste, survivaliste, servie par une écriture au plus proche du flux de la pensée. Et une question qui se dessine : puisque la révolution, ça ne marche plus, est-ce que la seule perspective qui nous reste, la dernière chose sérieuse, ce ne serait pas la catastrophe ?

On hésite un peu à en faire le traditionnel résumé, car le roman se construit moins autour d’une histoire que d’un procédé de narration. S’il fallait s’y risquer, on dirait qu’il s’agit d’une plongée vertigineuse dans l’intériorité du narrateur, Daniel, dans son esprit, ses pensées, ses réflexions, ses souvenirs, et ses désirs. C’est un procédé récurent chez Gaëlle Obiégly, mais ici, il ne s’agit pas d’une femme, d’un "je" proche de l'auteur, comme c’était le cas dans son précédent roman, N’être personne. Daniel est un homme, un marginal, probablement atteint de troubles du spectre autistique, qui est accueilli dans une communauté survivaliste financée par une milliardaire.

C'était stimulant de m’adresser, de faire en sorte que le narrateur s'adresse à quelqu’un, parce qu'il y a toujours un autre quand on écrit. Je crois que c'est aussi cet autre auquel on a affaire quand on écrit et avec lequel on a un rapport fétichiste, c'est-à-dire un rapport unilatéral […] aux êtres, tout être est un objet.

Ce livre est un livre purement descriptif, il est un peu narratif, on raconte quelques évènements, mais il n’est surtout pas argumentatif. Je ne cherche pas, et le narrateur ne cherche pas, à convaincre, et surtout à faire adopter une opinion ou un point de vue sur ce qu’il raconte, c’est-à-dire la vie dans cette communauté survivaliste ou les manipulations biotechnologiques dont il est le cobaye. Mais c'est un petit piège, parce qu’on pourrait croire qu'en s'adressant à un autre, on essaie de le convaincre de quelque chose, mais ce n’est pas le cas, on décrit simplement.

Ce qu’il décrit, c’est peut-être un délire, qui est le sien, une paranoïa, mais c’est peut-être la vérité aussi. C’est pour ça que le livre s'appelle Une chose sérieuse, parce que dans un cas comme dans l'autre, il s’agit d’une chose à prendre au sérieux.

C'est quelque chose qui me touche beaucoup, le désintérêt qu'on peut avoir pour soi-même, pour son propre sort, et un engagement, une énergie totale, quand il s'agit de celui des autres. Pour moi, la politique a à voir avec ça.

La question qui fonde ce livre est une question simple : qu'est-ce qui fait qu’un homme est ce qu’il est ? Malgré les objets technologiques, le puçage, […] il y a quand même quelque chose qui reste intact : c’est la pensée, la conscience. Son propos […] sert à exprimer cette chose vierge.

L’homme que je fais parler, il s’exprime comme moi.

Je ne pense pas que la société soit corruptrice, je pense que les êtres humains ne sont ni particulièrement bons ni particulièrement mauvais.

J'ai voulu me projeter dans deux inconnus, c’est-à-dire le futur proche et l'autre sexe. J'ai décidé d’écrire, de dire "je", mais en étant un homme, et de me projeter dans un futur proche. C’est une fiction spéculative, de science-fiction, mais la science-fiction est plutôt un arrière-fond. Il était important pour moi d’adopter un ton naturaliste pour raconter, pour décrire cette société. C’est une approche plutôt phénoménologique d’un futur imminent.

Cet horizon [celui de la révolution] a été remplacé par celui de la catastrophe. C’est pour ça que, dans le livre, la catastrophe est abordée sous un angle utopique, c’est-à-dire qu’elle fournit un idéal de vie, sans tenir compte des réalités qui sont. La réalité, c’est les êtres humains.

Je n’ai pas ce rapport prédictif à l’écriture, mais un rapport qui est vraiment lié à l’expérience et à la pensée […]. Je n’écris pas vraiment de textes narratifs […]. Je sais exactement ce que je fais, mais j’ai du mal à avoir un discours théorique sur ma propre écriture.

Extraits sonores :

  • Archive de Michel Foucault sur la folie et la raison ("Thèmes et controverses", RTF, 1961).
  • Sophie Divry sur l'apocalypse et la nature ("La Grande Table", France Culture, 23 août 2018).
  • "The End of the World", chanson de Skeeter Davis (1962).

Bibliographie

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