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Nanni Moretti à Rome en octobre 2017

Il était une fois... L'Italie terre d'asile

26 min
À retrouver dans l'émission

Nanni Moretti est l'invité de la Grande Table pour nous parler de son nouveau documentaire : « Santiago, Italia », en salles mercredi prochain. Il revient sur le rôle joué par l’ambassade italienne après le coup d’Etat de Pinochet pour protéger des dissidents politiques chiliens de la répression.

Nanni Moretti à Rome en octobre 2017
Nanni Moretti à Rome en octobre 2017 Crédits : Stefania D'Alessandro - Getty

Après Mia madre, Palombella Rossa, Aprile, ou encore Journal Intime, Nanni Moretti réalise un documentaire : Santiago-Italia

Il raconte l’immense espoir suscité par l’arrivée au pouvoir du socialiste Salvador Allende en novembre 1970, ses trois années de présidence dans un pays scindé en deux, jusqu’au coup d’Etat du 11 septembre 1973 et cette situation totalement inédite, ubuesque, où une armée bombarde son propre pays, le Palais Présidentiel. Palais dont Allende ressortira mort ce jour-là… 

C’est trop demander d’être impartial entre des bourreaux et des torturés. (…) D’un côté, un gouvernement démocratiquement élu, de l’autre un coup d’Etat militaire. On ne peut pas être équidistant. (...) Ce n’est pas un match de foot que j’avais à arbitrer.

Je suis très attaché à cette expérience chilienne, parce qu’elle était originale, n’avait rien à voir avec les pays du dit "socialisme réel", du bloc soviétique, de la Chine ou du Cuba de Fidel Castro. Il s’agissait d’un socialisme que l’Italie regardait avec beaucoup d’intérêt. Il y avait une sorte de symétrie sur le plan politique entre les deux pays.

Parmi les images qui m’ont marquées… Quand Allende est encore candidat en 1970, à côté de lui sur l’estrade il y avait un poète, Pablo Neruda. Aujourd’hui, imaginer un homme politique avec un poète à ses côtés, c’est impossible. Peut-être une star de la télé, mais un poète… ça non !

Le film prend ensuite une tournure plus singulière. Il raconte une histoire que l'on connaît moins : l’accueil dans l’enceinte de l’ambassade d’Italie à Santiago des dissidents politiques chiliens. Pourquoi l’Italie n’a-t-elle alors pas fermé son ambassade aussi vite que les autres ? 

Parfois ce sont les individus qui font la différence. Il n’y a pas eu de consignes du gouvernement italien d’accueillir les dissidents politiques chiliens dans l’enceinte de l’Ambassade : les diplomates ont décidé d’eux-mêmes d’accueillir tout le monde. Du jour au lendemain, ils ont adopté une décision, et c’était la bonne décision.

Au sein de l’ambassade, c’était une forme de micro société qui s’était ensuite créée.

L'évocation de cette période de l'histoire permet de constater l'évolution de la situation politique italienne, de la voir sous un autre jour. "Santiago-Italia" est un contre-écho à l’actualité de l'Italie, qui semble avoir tourné le dos à cette tradition d’accueil.

Nous, les Italiens, ne parvenons plus à voir ce que nous sommes devenus, ni comment nous étions. La sortie de ce documentaire me semble tomber à pic.

Ça fait plusieurs décennies qu’un livre ou un film n’a plus eu de place dans le débat politique italien. On parle du foot, des émissions télé, mais pas des livres. Ça ne fait plus partie de la culture italienne

En Europe, on présente la démocratie comme un bien acquis, alors qu’il s’agit d’une plante qu’il faut arroser toujours. Il faut la faire vivre.

Extraits sonores : extraits du documentaire, Santiago-Italia, 2019        

Bibliographie

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