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« Jaurès » de Vincent Dieutre

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du film « Jaurès » de Vincent Dieutre (sortie en salle, MK2 Beaubourg, le 2 avril) :

Stanislas NORDEY

Eric FASSIN

Gérard MORDILLAT

Stanislas Nordey : « Ce film est à la fois un geste très radical et très généreux, et tout cela avec des moyens « pauvres » (un dispositif très simple, comme dans « Fenêtre sur cour »). Quelqu’un est derrière une fenêtre et filme ce qu’il voit depuis sa fenêtre : le canal St Martin, un camp de réfugiés (toute une vie, toute une communauté). Le lieu d’où il filme est aussi le lieu où il vit une histoire d’amour désespérée, presque condamnée d’avance, mais en même temps très heureuse. Et ce qui m’a beaucoup touché est l’entrelacs de plusieurs cinémas à l’intérieur de ce cinéma-là : il y a du cinéma documentaire (sur ces réfugiés afghans, mais aussi sur une histoire d’amour) et une fiction (il y a une scénarisation, qui nous emmène ailleurs, ce qui m’a fait penser à « Madame de »). C’est un amour impossible, on ne voit jamais l’objet de l’amour (ce Simon). Donc, film d’amour et film politique, et aussi une distance qui est amenée par l’arrivée très subtile de l’animation. […] Là, avec très peu de moyens, il y a une exploration des modes de récit cinématographiques assez exemplaire. C’est pour moi un chant d’amour au cinéma. C’est un cinéma minoritaire, différent, à la marge, expérimental. […] Pour moi, ce n’est pas un cinéma d’auteur mais un cinéma d’invention. »

Gérard Mordillat : « Pour moi, c’est symptomatique de voir qu’un film comme « Jaurès » est renvoyé complètement à la marge, car c’est l’objet même du film : la position des Afghans dans le film, filmés d’un point fixe et de loin, c’est exactement la position dans laquelle on place « Jaurès » de Vincent Dieutre. »

Eric Fassin : « D’un côté, je partage l’enthousiasme pour l’esthétique du film. De l’autre, le rapport de cette esthétique à la politique me trouble. Il y a un certain malaise pour moi, car au fond ce qui est mis en scène c’est la figure, de manière explicite, du bobo. On est dans un quartier bobo et il y a une réflexion sur le lien entre le monde tel qu’il va et les amours du narrateur qui est aussi le réalisateur. C’est une question très importante, le lien entre la vie intime et la vie politique. Elle est au cœur de réflexions en sociologie et dans le cinéma, et en particulier autour de la question des immigrés et du traitement qui leur est réservé en France. […] Qu’il y ait un rapport entre la vie intime et la vie politique, nous le ressentons tous fortement. Mais là, la question est de savoir quelle est la nature de ce rapport. Or, le dispositif choisi est celui du spectateur. On regarde par la fenêtre. Et qu’est-ce qu’on sait sur ces afghans ? On le sait à travers ce que Vincent a entendu dire par Simon, qui lui-même est engagé dans ce combat mais pas forcément à propos de ces afghans. C’est-à-dire que ces afghans sont très loin. Je trouve que ça dit quelque chose de très vrai sur la situation sociologique : nous sommes collectivement dans cette situation-là. Nous sommes les spectateurs. Et la haine que suscitent les bobos aujourd’hui chez beaucoup (du côté de la droite ou de la gauche populaires), c’est précisément cela. C’est ce mélange de bonne et de mauvaise conscience. »

Sons diffusés :

  • Extraits du film « Jaurès »

  • « Jaurès » interprété par Jacques Brel

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 24.04.2013 intitulée « Débat autour de la librairie indépendante », cliquez ici.

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