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Jean Bellorini aux Ateliers Berthier à Paris, le 10 juin 2014.

Jean Bellorini, l'instant Proust

28 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons le metteur en scène Jean Bellorini pour sa pièce de théâtre "Un instant" (d'après "A la recherche du temps perdu" de Marcel Proust), au Théâtre Gérard Philippe. L'occasion de parler du temps qui passe, de la mémoire, du deuil, et de nos madeleines de Proust personnelles et collectives.

Jean Bellorini aux Ateliers Berthier à Paris, le 10 juin 2014.
Jean Bellorini aux Ateliers Berthier à Paris, le 10 juin 2014. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Le metteur en scène part à la recherche du temps perdu sur la scène du TGP de Saint Denis jusqu’au 9 décembre, avant d'entamer une tournée. 

Une pièce sur l’édifice immense du souvenir, une pierre dans le jardin immense de la mémoire ... 

Le directeur du Théâtre Gérard Philippe est notre invité, pour parler de ce qu'implique une adaptation littéraire, de Proust, de la mémoire, du rôle du théâtre et de celui du metteur en scène, et de son ancrage territorial à Sainte-Denis.

J'espère que ce spectacle, comme dans toute forme de poésie au théâtre, fait écho à un jadis antérieur du spectateur, et tout un coup la révélation, la réapparition d’un souvenir.

De ces choix premiers du texte, qui tournaient autour du souvenir, de la mémoire sensorielle, de toutes les formes de mémoire possible, et du rapport du théâtre à la mémoire, du récit, on s’est aperçu de manière très simple qu’en racontant son histoire pour commencer, le fait d’entrer par cette petite porte, singulière, intime, d’une personne, rendait vraiment intemporelle et universelle cette Recherche, qui finalement doit pouvoir parler absolument à tout le monde. (à propos du mélange entre le récit proustien et le récit de vie de la comédienne Hélène Patarot)

Est-ce qu'il y a besoin absolument du renoncement pour être un grand artiste ? Est-ce qu'il faut se couper du monde, en tous cas de notre société apparente, pour tout d’un coup s’isoler et devenir le plus vrai possible, le plus honnête par rapport à son art, sa quête ? (à propos de Proust à la fin de sa vie)

Ce qui m’intéressait, c’était d’étudier l’intérieur de l’âme d’un génie. Comment ça se passe si on fend le crâne de cet auteur ? Qu’est-ce qui se passe à l’intérieur ? Comment on peut en arriver à écrire la Recherche ?

Comme toute forme de théâtre, c'est une fiction, et en même temps, ça naît d'une vérité. (à propos du parcours de la comédienne vietnamienne Hélène Patarot)

Et si la madeleine était un nem ? (à propos du parcours de la comédienne vietnamienne Hélène Patarot)

Tous les spectacles que j’ai faits, j’ai toujours eu extrêmement peur. C’est le pari quand je me disais que j’allais adapter Rabelais, ou Victor Hugo, ou Dostoïevski, ça paraît complètement impossible, et en même temps, c’est cette folie qui me fait avancer, mais la peur est immense. […] Je ne connais rien à Proust, j’en connais un petit peu plus aujourd’hui, mais j’étais un simple lecteur.

Au théâtre, un metteur en scène n'est pas un pédagogue, n’est pas un savant. Il est le plus sensible possible, et il essaie de transmettre quelque chose à des gens pour qui c'est connu, et d'autres pour qui c’est totalement inconnu. C'est ça qui est beau, c’est qu’on se crée, ce soir-là où le spectacle joue, cet instant, on s’invente chacun d’autres souvenirs qui refondent quelque chose de commun. A aucun moment je n’ai voulu restituer la Recherche. A aucun moment je n’ai eu cette prétention. Donc je n’ai pas non plus eu cette angoisse de ne pas en restituer suffisamment. C’est impossible au théâtre de vraiment recevoir ce qu’on sent à la lecture. […] J’aime le théâtre quand il a l’intimité de la lecture, c’est-à-dire quand on se sent concerné, et presque seul face à un spectacle, et en même temps, on est au milieu de 400 personnes, donc dans la chaleur d’une assistance, de beaucoup de monde. C’est cet équilibre entre cette aventure partagée et cette aventure solitaire que peut être la lecture.

On cherche au théâtre l’instant. C’est presque plus un hommage au théâtre que j’avais envie de faire, comment au théâtre, ce qui est vrai est ce que l’on ne voit pas, ce qui apparaît.

L’équilibre entre le souvenir volontaire et le hasard crée du vivant, crée cette coïncidence qui tout d’un coup nous étonne, et nous révèle, vraiment. C’est quelque chose qui me fascine chez les acteurs. […] Encore aujourd’hui, en 2018, on ne sait pas tout sur le cerveau, et c’est fascinant. L’art du théâtre rend compte de cela, parce qu’il parle précisément de la mémoire et de sa révélation plus ou moins aléatoire. (à propos de sa conception de la mémoire)

On se demande toujours d’un écrivain s’il veut laisser une trace, ou pas. […] Quand on fait du théâtre, on sait qu’on ne laisse pas de trace indélébile et explicite, apparente, mais on a toujours cette présomption peut-être d’en laisser une, profonde, chez un spectateur. Tout ça est moins concret et moins palpable. […] Ce spectacle devait rendre hommage au théâtre que j’aime, il rendait donc hommage à tous les fantômes dont chacun est fait, tous les êtres chers qui ne sont plus. On est constitué de ce qui ne nous appartient plus.

C’était beau de raconter des choses connues, ou en tous cas qui font partie d’un inconscient collectif. […] Au théâtre, ça nous fait plaisir de reconnaître quelque chose.

La Recherche, de toutes façons, il faut le lire plusieurs fois dans sa vie pour qu’il résonne profondément, et puis différemment. […] Proust, au fond, qui l’a vraiment lu ?

Il se passe chaque soir au Théâtre Gérard Philippe des instants de magie. On est à Saint-Denis, on dit du Proust, il y a une centaine de jeunes gens qui ont entre quinze et vingt ans dans la salle, et tout d’un coup il y a cette écoute extraordinaire. Je pense que le théâtre joue son rôle de participer au bouleversement et à la construction d’un être.

C’est une ville riche, riche profondément, évidemment pas assez, matériellement. C’est une ville de culture, parce qu’elle mélange les cultures. C’est une ville d’histoire. C’est une ville où il y a cette basilique extraordinaire, où il y a les rois de France. Et en même temps, il y a ces mélanges qui sont extraordinaires, et qui donnent une énergie fantastique. (à propos de Saint-Denis)

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