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Karl Paquette à l'échauffement, à l'Opéra Bastille, le 18 décembre 2018.

Karl Paquette, étoile filante

28 min
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Nous recevons le danseur étoile Karl Paquette, qui a fait ses adieux à l’Opéra de Paris le 31 décembre 2018, à l'issue d'une représentation du ballet "Cendrillon" de Rudolf Noureev. L'occasion d'évoquer sa brillante carrière, ses modèles, ses plus beaux rôles, la vie de l'Opéra, et ses projets.

Karl Paquette à l'échauffement, à l'Opéra Bastille, le 18 décembre 2018.
Karl Paquette à l'échauffement, à l'Opéra Bastille, le 18 décembre 2018. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

A 42 ans, le danseur étoile Karl Paquette a fait avant-hier ses adieux à la scène de l’Opéra de Paris. 

Un salut final à l’issue de la représentation de Cendrillon, le ballet de Rudolf Noureev, sur une musique de Sergueï Prokofiev, où il incarnait l’Acteur-Vedette aux côtés de Valentine Colasante.

C’est une nouvelle vie qui commence. (à propos de ses adieux à l'Opéra de Paris)

C’était l’image dont je rêvais pour le clap de fin. […] Cette musique de Prokofiev est somptueuse. […] Il y a forcément la dernière image qu'on veut donner. Après, c'était surtout un spectacle. Je trouvais que Cendrillon est une histoire qui parle à tout le monde. C'est un conte de fée, c’est un rêve d'enfant. Je ne me considère pas si vieux que ça, donc c’était pour moi aussi symbolique. Et c’était sympa d’être tous ensemble, de festoyer sur ce dernier spectacle. Ce n’est pas juste un adieu, c’est aussi un spectacle avant tout, c’est une ambiance, c’est vingt-cinq ans de carrière. (à propos du choix du ballet Cendrillon de Rudolf Noureev pour son dernier spectacle)

Ça fait chaud au cœur de savoir que le public était venu pour Cendrillon, mais aussi pour mes adieux. Le dernier salut a duré très longtemps, plus longtemps que je ne l'aurais imaginé, et en même temps ça passe tellement vite.

Karl Paquette revient également sur l'Opéra de Paris et sur son parcours, lui qui avait été nommé étoile le 31 décembre 2009, à Bastille. Une étoile qui a su saisir sa chance grâce à son sens du travail.

C’est une maison fantastique avec des moyens exceptionnels, qui lève le rideau quasiment tous les jours. Il faut être reconnaissant envers une maison qui fait vivre tant d’artistes, tant de gens passionnés. (à propos de l’Opéra de Paris)

On est des sportifs de haut niveau. Le corps dit stop à un moment donné. Il faut mette une limite. J’ai toujours été convaincu que la jeunesse c’était assez porteur, et qu’il fallait aussi se servir de cette fougue et de cette jeunesse pour renouveler un effectif. C’est le cas à l’Opéra, c’est éternel, chaque année il y a ce renouveau, et c’est ça qui nous fait aussi porter le niveau de cette compagnie.

Je ne me suis jamais senti le danseur né avec les qualités absolues du stéréotype du danseur de l’Opéra de Paris, avec des jolis pieds, des jolies lignes. [...] Ça m'a fait prendre conscience que, très jeune, il fallait que je travaille. Peut-être plus que les autres. Ce n’est pas très grave, j’aime le travail, donc ce n’est pas un problème pour moi, et le travail paye.

J’espère avoir insufflé cette passion de la danse, cette vertu du travail, qui sont les éléments indispensables, les ingrédients, pour une réussite.

Pour ma part, c’était le bon moment. J’avais la sensation que c’était un cadeau qu’on me faisait, parce que je n’attendais rien à ce moment-là, et que j’étais prêt à recevoir une charge de travail supplémentaire. (à propos de sa nomination comme danseur étoile de l’Opéra de Paris)

Aujourd'hui, un danseur garçon doit être polyvalent, dans le sens où on doit avoir une possibilité de danser avec un maximum de partenaires.

Quand j’étais corps de ballet, je voyais qu’il y avait un travail qui était fait en coulisses, toutes ces petites mains – ce n’est pas péjoratif, au contraire –, qui permettaient que le rideau se lève tous les soirs. J’ai toujours eu conscience de ça, et qu’il fallait être respectueux des autres pour que les autres aussi le soient vis-à-vis de moi. Et même quand j’étais étoile, soliste, j’ai toujours eu conscience que si l’accessoire était bien placé en scène, c’était tout bénéfique pour moi, donc il fallait les remercier.

Le costume de Cendrillon, c'est un costume tout doré, pantalon, bottes ... C'est beau. C'était bien pour finir, à mon âge en tout cas. (à propos des costumes du ballet Cendrillon de Rudolf Noureev)

J’ai toujours aimé faire des contre-emplois, c’est intéressant de chercher en soi quelque chose de différent. Malgré ce qu’on voulait m’attribuer, le grand blond en scène, prince charmant, j’adorais les rôles de composition, les rôles plutôt noirs, même.

Chaque période de ma vie a aussi permis d’avoir le loisir et le plaisir de danser certains rôles. Je garde pas un rôle en mémoire. Si je devais en garder un, je pense que ce serait le dernier, finalement, ce serait Cendrillon, parce que là l’émotion est la plus forte. […] Il y a toute une évolution dans une carrière de danseur. […] Il y a des âges aussi pour certains rôles, et c’est bien, ça permet […] de ne pas danser pendant vingt-cinq ans les mêmes ballets. (à propos de son répertoire et de ses grands rôles)

« L’artistique, c’est 90% de technique » – et c’est tellement vrai.

L’enseignement, la transmission … J’ai un vrai désir de transmettre aux jeunes. Je le fais depuis quelques années déjà. Je trouve que c’est eux qui ont les clés de notre avenir, donc il faut en prendre soin.

Extraits sonores : 

  • Cendrillon de Rudolf Noureev à l’Opéra Bastille, diffusé le 31 décembre 2018 sur Arte 
  • Maurice Béjart à propos des danseurs pour "L’Invité du Dimanche", ORTF, 28 juin 1970
  • Interview de Mikhaïl Barychnikov à propos de la beauté pour "L’Heure bleue", France Inter, 16 décembre 2016
  • Max Bozzoni pour "Carnet nomade", France Culture, 7 janvier 2000
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