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Krystian Lupa au Théâtre de la Colline à Paris, le 16 novembre 2015

Krystian Lupa et le monstre kafkaïen

29 min
À retrouver dans l'émission

Le metteur en scène polonais Krystian Lupa sera notre invité pour parler de la pièce qu'il présente ces jours-ci à l'Odéon : une adaptation du Procès de Franz Kafka, qui mêle la fiction à la biographie de l'écrivain, et fait entendre une critique acerbe de la situation politique actuelle en Pologne.

Krystian Lupa au Théâtre de la Colline à Paris, le 16 novembre 2015
Krystian Lupa au Théâtre de la Colline à Paris, le 16 novembre 2015 Crédits : Loic Venance - AFP
Scène tirée du Procès de Krystian Lupa
Scène tirée du Procès de Krystian Lupa Crédits : Natalia Kabanow

Aux limites de l’absurde avec Krystian Lupa. Figure du théâtre européen, le metteur en scène polonais nous guide dans le labyrinthe kafkaïen. 

Passionné de littérature russe, allemande et autrichienne, après Musil, Rilke, Dostoïevski, Thomas Bernhard ou Werner Schwab, Lupa adapte Le Procès dans le cadre du Festival d’Automne. Sa dernière création est à voir jusqu’au 30 septembre 2018 au théâtre de l’Odéon, puis au théâtre du Nord à Lille les 16 et 17 novembre 2018. 

Publié en 1925, traduit pour la première fois en France en 1933, adapté au cinéma par Orson Welles, Le Procès du Tchèque Franz Kafka met en scène l’absurdité d’un monde où un homme, Joseph K., peut être arrêté un matin, soumis à interrogatoire, accusé sans jamais connaître les charges qui pèsent contre lui, dans l’attente d’un procès dont on lui reproche de négliger la préparation, mais auquel il n’est jamais convoqué … 

Avec Lupa, l’écrivain devient le double de son personnage, le sujet de son propre cauchemar.

Kafka est quelqu'un d'agressif, d'invasif, il s'introduit de force, il viole son lecteur. […] Jusque là je n’avais pas osé m’attaquer à Kafka. Je me disais à moi-même que je n’avais pas l’espoir. Or j’aime bien qu’il y ait de l’espoir dans ce que je fais.

Tout comme dans les autres romans, le héros du Procès, c’est [Kafka] lui-même. Et il n’est pas en mesure d’écrire quelque chose sur quelqu’un d’autre que lui-même.

[Kafka] est en quelque sorte le récitant de sa vie. Il écrit son livre par son drame, par son martyre, et cela concerne justement ce conflit qui va croissant entre le pouvoir et les artistes, tout comme en Pologne aujourd’hui – et pas seulement en Pologne.

Priver l’artiste de sa liberté […], c’est une sorte de crime contre la culture. […] Ce sont nous, les artistes, qui ressentons cette privation de liberté de la manière la plus forte, mais cela ne concerne pas seulement les artistes, cela concerne tout citoyen.

Le mensonge est souvent plus commode que la vérité. Beaucoup de gens préfèrent se cacher dans le mensonge. Et les populistes se basent là-dessus. […] Quelqu’un qui est pauvre spirituellement préférera toujours voir les raisons de son échec dans un ennemi.

On peut dire : il n’y a pas d’homme innocent. Kafka dit : comment peut-on déclarer quelqu’un coupable ? C’est une question très profonde, très forte. Mais on peut l’inverser : comment un homme qui vit dans un monde empoisonné peut-il rester innocent ?

Cliquez ici pour écouter la deuxième partie de l'émission : "Affronter les limites plutôt que de les effacer ?"

Bibliographie

Le Procès de Franz Kafka

Le ProcèsFranz Kafka et Jean-Pierre MorelGallimard/Foliothèque, 1998

Couverture de Krystian Lupa

Krystian LupaAgnieszka ZgiebDeuxième Epoque, 2018

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
Production déléguée

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