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Zadie Smith lors de la cérémonie de remise des prix du Welt-Literatur-Preis à Berlin le 10 novembre 2016.

Zadie Smith, le pas de deux

27 min
À retrouver dans l'émission

Rendez-vous avec l'écrivaine britannique Zadie Smith autour de son dernier roman, "Swing Time" (Gallimard, 2018). Une histoire d'amitié et de rivalité entre deux petites filles métisses qui apprennent la danse ensemble, rythmée par des références aux comédies musicales de l'âge d'or hollywoodien.

Zadie Smith lors de la cérémonie de remise des prix du Welt-Literatur-Preis à Berlin le 10 novembre 2016.
Zadie Smith lors de la cérémonie de remise des prix du Welt-Literatur-Preis à Berlin le 10 novembre 2016. Crédits : Tobias Schwarz - AFP

Pas de deux avec les héroïnes de Swing Time, le nouveau roman de la britannique Zadie Smith, publié chez Gallimard, traduit par Emmanuelle et Philippe Aronson. 

L’auteur de Sourires de loup (2003) revient avec un roman d’apprentissage et le récit d’une amitié complexe entre deux petites filles métisses que la danse va unir et le destin éloigner. 

L’une est la narratrice, l’autre est Tracey, l’amie. Elles grandissent toutes deux dans le même quartier populaire de Londres, font connaissance au cours de danse et se lient d’amitié tout de suite, aimantées par leur même « différence », métisses toutes les deux. La suite, c’est le poids des années, des trajectoires qui séparent, l’admiration et la jalousie … Un roman d’apprentissage sur vingt ans, fait d'aller-retour. 

Ce qui m’importait surtout, c’était d’écrire l’histoire d'une génération, de ma génération. Quand je lis une histoire, mon instinct en tant que lectrice, c’est de la voir dans sa condition singulière, mais aussi de voir la dimension universelle de ce roman.

Ce qu’il y a d’extraordinaire chez les métisses, c’est qu’ils incarnent ce qui est vrai de chacun d’entre nous, on est tous un peu mêlés. Notre lieu de naissance, c’était un accident, c’est le fruit du hasard, on est soumis à des tas d’aléas et de contingences.

Toutes les structures de représentation sont des artifices. Les gens ont quelque chose d’existentiel en eux qui échappe à toute représentation. […] Il reste à vivre, et ça c’est beaucoup plus compliqué que de s’identifier par des éléments soi-disant identitaires.

Les Européens ont leurs propres histoires fantasmées de leurs origines, leurs liens avec l’histoire antique. Même si ce n’est pas tout à fait exact, c’est utile pour les gens, car comme ça ils peuvent se former leur propre identité, la manière dont ils se voient.

Je crois que chacun a besoin de s’inventer ses propres histoires, de s’expliquer, de se créer des liens avec son passé. C’est un besoin fondamental, et c’est très beau. C’est pour ça qu’on a envie de raconter des histoires, et qu’on aime écouter des histoires.

Par rapport à l’appropriation culturelle, je crois qu’il ne faut pas ajouter de l’idéologie encore, mais regarder les faits historiques pour étudier cette question, et regarder les détails de la réalité de nos histoires. Les claquettes en sont un parfait exemple.

En dehors des disputes entre idéologues, dont on n’a que faire, les artistes comprennent cette pollinisation croisée et n’utilisent pas ce terme d’appropriation culturelle. Les générations actuelles qui déconstruisent cette histoire et l’ignorent font une erreur.

S’il existe une théorie sur la production de la culture noire, ce qui persiste, c’est le rythme. C’est inconscient quand j’écris. Mais je vais enlever certains mots, pas pour les remplacer par des synonymes, mais à cause de leur sonorité, du nombre de syllabes.

Il faut trouver la bonne mesure, le bon rythme. Et quand on chante, vous savez, on ne s’explique pas bien, c’est une cuisine mystérieuse, pourquoi une phrase sort bien, sonne bien, retombe bien sur ses pattes, et une autre a l’air maladroite.

Le swing, c’est faire infraction dans une phrase musicale portée par beaucoup d’émotion. Souvent cela exprime beaucoup de douleur, mais c’est enrobé dans quelque chose de doux, qui fait du bien, qui rend joyeux. Pourtant il y a beaucoup de tristesse, de souffrance

La méritocratie qui ne choisit qu’une poignée de premiers de cordée, elle rejette les autres, de ce fait.

On disait qu’on jouait à armes égales, qu’il y avait une certaine équité, une égalité, mais c’est un mythe, ça n’existe pas. Votre succès même réduit au silence ceux qui sont en-dessous de vous. […] J’avais conscience malgré moi d’être complice de ce système

La réussite multiculturelle, on ne lui laisse guère de place, finalement, il faut qu’elle reste modeste. Une amitié a beaucoup de mal à survivre quand on évolue dans cette arène de combats de chien, où seuls quelques-uns vont être les heureux élus.

Bibliographie

"Swing Time" (Zadie Smith, 2018)

Swing TimeZadie SmithGallimard, 2018

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