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La Grèce blanche, un mythe aux sources du racisme européen

27 min
À retrouver dans l'émission

Avec :

Catherine CLEMENT

Eric FASSIN

Philippe TRETIACK

Catherine Clément : « Les Grecs classiques peignaient leurs temples, leurs frises et leurs statues. Si vous allez sur le site du British Museum, vous voyez la reconstitution en aperçu vidéo d’un rebord du Parthénon : on a un ocre intense, un bleu de type égyptien, et un rouge vermillon, etc. (…) Ce que Philippe Jockey fait apparaître dans son livre, c’est que ces images reconstituées en couleurs apparaissent comme « kitsch ». (…) Beaucoup de gens emploient le même mot pour les temples hindous actuels dans l’Inde, particulièrement les temples du Sud qui sont peinturlurés (on dirait de grosses pâtisseries). Or, on ne dit pas « kitsch » en Inde pour les temples dont les peintures qui ont disparu. Ceux-là sont sacrés, saints et blancs. Et cette opposition entre le blanc et la couleur est intéressante. Comme le démontre Philippe Jockey, ce rêve de blancheur commence dès la conquête romaine. A Rome, c’est la Grèce qui apporte ces couleurs, et non l’inverse. Et la Grèce apporte des techniques, (…) comme le pourpre, l’ocre et le vert pomme. (…) Il y a d’ailleurs un autre livre sur le sujet, L’Antiquité, territoire des écarts , où Florence Dupont appelle cela la « bigarrure ». Puis, c’est par le Christianisme que la Grèce progressivement blanchit. (…) Avec les bénédictins, la Grèce commence à apparaît comme blanche et pure. (…) Donc l’histoire de cette blancheur est une accumulation d’idéologies tournant autour du pur, de l’immaculé du marbre, jusqu’au soutien au fascisme montant dans les années 30, etc. (…) Alors, est-ce qu’il y a un sens du blanc ? »

Eric Fassin : « C’est un livre passionnant dans un cadre d’interprétation important, pour des hellénistes et d’autres (comme moi) qui ne le sont pas. On peut savoir, ou ne pas savoir, que ces statues étaient en couleurs. Ce qui est révélateur, c’est que, dans un cas comme dans l’autre, on n’en a pas tenu compte. Notre esthétique est toute organisée par cette blancheur grecque. Pourquoi s’est imposée cette vision esthétique alors même qu’elle était sans rapport avec la réalité ? Le livre rappelle comment fonctionnaient les catégories de l’entendement chromatique dans la Grèce. (…) On voit des systèmes d’opposition entre les hommes et les femmes, entre les Grecs et les barbares, entre les hommes et les dieux, mais aussi même entre les hommes, ceux qui sont des aristocrates et ceux qui sont des artisans. Le jeu des couleurs est restitué pertinemment, mais ce qui devient pour nous directement pertinent (et qui n’est plus l’exotisme d’une culture autre) est la question de savoir pourquoi nous avons fait cette évidence de blancheur. Avec Rome, on s’aperçoit qu’il y a une re-signification perpétuelle. Ça ne veut pas toujours dire la même chose. (…) Peu à peu il y a une définition de l’Occident par opposition à celle de l’Orient. »

Philippe Tretiack : « Je n’ai pas été absolument convaincu par ce livre. Bien sûr j’ai trouvé le sujet passionnant, mais il y a parfois dans le livre un côté anhistorique. (…) Le livre essaye en permanence de démontrer un impérialisme du blanc et cela me paraît un peu outrancier. (…) Vouloir associer le blanc à l’idée de la suprématie de l’homme blanc, je trouve cela discutable. »

Sons diffusés :

  • Actualités Françaises le 15 octobre 1958

  • Archive de Michel Pastouereau dans l’émission « La Matinée des Autres » sur France Culture le 17 janvier 1995

  • « Cléis » interprété par Angélique Ionatos

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 25.06.13 intitulée « Noëlle Chatelet et Agnès Desarthe », cliquez ici.

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