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La pomme de terre et le moustique: nouvelles perspectives sur les origines de la mondialisation

26 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la parution de l’ouvrage 1493 : Comment la découverte de l’Amérique a transformé le monde (éditions Albin Michel)

Avec :

Philippe TRETIACK

Magali REGHEZZA

Sylvie LAURE

Philippe Tretiack : « D’abord, je trouve que c’est un livre d’une grande accessibilité : il se dévore. (…) Selon l’auteur, la découverte de l’Amérique a été à l’initiative de l’échange colombien. Non seulement l’Europe est partie découvrir l’Amérique, mais en retour l’Amérique s’est mise à exporter vers l’Europe. Le livre décrit comment à travers les hommes, les bactéries, les maladies, les légumes, les fruits, comment tout ceci s’est mis à voyager d’un continent à l’autre, et comment cela a totalement bouleversé l’assiette, la santé, les organisations sociales. (…) C’est un livre d’écologie historique. Et au-delà de la théorie, c’est un livre bourré d’histoires et d’anecdotes. »

Magali Reguezza : « Cela dépend de ce qu’on entend par « mondialisation ». C’est un ouvrage très intéressant, parce qu’il est vulgarisé. Ça permet d’entrer dans cette lecture historisante de la mondialisation, qui a été portée par de nombreux géographes. (…) Mais en fait, cette mondialisation commence même avant la découverte de l’Amérique. Elle commence à partir du moment où les hommes se mettent à circuler et à conquérir. C’est la logique de la conquête progressive du monde. Et peu à peu, il y a colonisation, au sens géographique de s’approprier les territoires et de repousser les frontières de sa souveraineté. Ce processus de mondialisation (qui est permis de plus en plus par des progrès techniques) fait qu’à un moment donné, la planète devient un ensemble, sinon habité, du moins approprié, avec des degrés différents, par l’homme. L’homme a mis sa main partout. La planète devient un tout et c’est l’avènement du monde. C’est une lecture progressiste historicisante, sauf qu’aujourd’hui il est en train de se passer quelque chose de différent. La globalisation financière et ses conséquences ne relèvent pas complètement de ce processus-là. »

Sylvie Laurent : « Il y a un lien avec les travaux de Serge Gruzinski. Ils parlent en réalité de la même chose, c’est-à-dire de cette dilatation du monde connu, dans la première moitié du 16è siècle, et la façon dont l’ensemble des horizons (qui se sont subitement révélés aux Européens) constitue une révolution (puisqu’à peu près au même moment, les Portugais décident d’aller explorer la Chine, et les Espagnols l’Amérique). (…) En revanche, Charles Mann décrit la découverte de l’Amérique, (…) comme quelque chose qui est de l’ordre de la catastrophe. Cet événement est fondateur de notre modernité. On est dans la période de l’humanisme, de la Renaissance : on a le sentiment que l’on découvre un nouveau dieu derrière ce nouveau territoire de l’hyper-Occident, mais cet hyper-Occident est une catastrophe. C’est-à-dire la fin d’un monde, et non pas le début d’un monde, à cause notamment du choc microbien, (…) qui a provoqué l’aliénation de l’ensemble des Africains, qui a augmenté l’augmentation des prix sur le sol européen par l’afflux d’argent, puis l’explosion des inégalités, les révoltes populaires, etc. (…) Comme si c’était la catastrophe en devenir. (…) Et c’est bien sûr une métaphore du capitalisme. »

Sons diffusés :

  • extrait du film 1492 : Christophe Colomb

  • Archive de Serge Gruzinski dans l’émission « A plus d’un titre » sur France Culture le 20 novembre 2008

  • « Symphonie n°9 dite du Nouveau Monde », compositeur Antonin Dvorak (dirigé par John Barbirolli, orchestre Halle)

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 19.06.13 intitulée « Retour sur l’œuvre de Rubens », cliquez ici.

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