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Claire-Marie Le Guay au Théâtre de l'Athénée à Paris, le 12 janvier 2009.

Le gai piano de Claire-Marie Le Guay

27 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons la pianiste Claire-Marie Le Guay, à l'occasion du festival La Folle Journée de Nantes et de la parution de son autobiographie, "La Vie est plus belle en musique". On parle piano, travail de l'interprète, musique contemporaine, concert, enregistrement, et même des mains du pianiste.

Claire-Marie Le Guay au Théâtre de l'Athénée à Paris, le 12 janvier 2009.
Claire-Marie Le Guay au Théâtre de l'Athénée à Paris, le 12 janvier 2009. Crédits : Patrick Kovarik - AFP

La pianiste Claire-Marie Le Guay, auteure en novembre dernier de La Vie est plus belle en musique (Flammarion).

Elle se produira mercredi en ouverture de La Folle Journée de Nantes, le rendez-vous des passionnés de classiques, du 30 janvier jusqu’au 3 février 2019.

La Folle Journée où elle interprétera ce mercredi le Concerto en sol majeur pour piano et orchestre de Maurice Ravel, avec le Sinfonia Varsovia.

Saint-Saëns, Liszt, Mendelssohn et Berlioz, ou encore Mozart étaient des grands voyageurs. Ravel s’inscrit lui aussi avec ce concerto dans la thématique du "carnet de voyage", qui est celle de l'édition 2019.

Donner quatre fois la même œuvre, dans quatre lieux différents, auprès de quatre publics bien évidemment différents, de cette adaptation selon le lieu, selon l’ambiance du lieu, selon l’acoustique du lieu, selon le piano […] – c’est vrai qu’on perçoit encore mieux, quand c’est si proche, à quel point chaque concert est unique. […] Chaque instant, chaque concert, chaque événement est unique.

C’est cette chance extraordinaire, cette difficulté aussi, cette exigence de la musique, qui est de toujours repousser plus loin les limites, de toujours remettre les choses en question, pour se rapprocher le plus possible de ce que le compositeur a voulu transmettre, ou de ce qu’on pense comprendre de ce qu’il a voulu transmettre. C’est vrai qu’il y a des œuvres avec lesquelles l’attachement est le plus fort.

Schubert, parce qu’il nous atteint tout de suite, il nous livre le tragique avec une pudeur extraordinaire. Schubert ne s’apitoie jamais sur son sort. C’était vraiment un personnage qui a eu une vie difficile. […] C'est le portrait type de l’artiste qui souffre, et sa musique à la fois nous raconte cela, et en même temps elle nous livre avec une humilité, avec une pudeur, avec une sensibilité qui nous émeut sans jamais s’apitoyer.

Le rôle de l'interprète, c'est d’abord de donner à connaître les œuvres – je pense que c’est le premier rôle –, et puis de trouver cet équilibre entre les émotions et la pensée, de rendre intelligible effectivement […] une sensibilité qui n'est pas la nôtre en premier, qui est celle du créateur, du compositeur, mais qui passe à travers le filtre de notre personnalité. C'est un équilibre très subtil, à la fois de se révéler, mais sans se mettre au premier plan, puisque c'est vraiment le texte du compositeur, que nous sommes là pour le traduire, nous sommes là pour le passer, pour le donner, pour le transmettre à ceux qui l’écoutent.

J’aime cette relation du travail avec les compositeurs de façon générale, parce que c’est tout à fait extraordinaire de savoir qu’on peut s’adresser à eux pour comprendre mieux le langage qu’ils ont transmis, ce qu’ils ont voulu raconter à travers leur musique. On peut leur poser les questions qu’on ne peut plus poser aux compositeurs qui ne sont plus de ce monde, et puis sentir que cette musique est vivante. C’est une chance extraordinaire d’avoir cette relation de rencontre avec la musique, et je recommande vraiment au public d’aller vers cette musique dite contemporaine – simplement parce qu’elle fait partie de notre époque, elle est de notre temps –, et de la voir naître, de l’entendre naître. Assister à une première, c’est une expérience unique, parce qu'on fait naître cette œuvre en l’écoutant, en étant présent, on la rend vivante, on assiste à sa naissance. En tant qu’interprète, travailler avec les compositeurs, c’est se confronter à l’idée, à l’oreille intérieure, à l’écoute intérieure des compositeurs, et à cette idée à la fois très précise qu’ils ont, et aussi souvent qui laisse la porte ouverte à la place de l’interprète. Selon les compositeurs, selon les tempéraments, cette place de l’interprète peut être définie tout à fait différemment. […] C’est très intéressant d’explorer cette relation au texte, cette relation à la musique, à l’instrument, à l’écoute.

J’avais un piano, c’était un piano droit, qui était blanc d’ailleurs, et qui n’était pas particulièrement un bon piano, ni un mauvais piano, mais c’était mon ami, c’était mon complice, c’était mon confident, c’était avec lui que, effectivement, je me sentais le mieux.

Il y a comme point commun un travail de la matière. Les mains changent, et on a cette sensation de leur donner une forme, qu'elles prennent elles-mêmes, une forme différente selon les œuvres que l'on joue. Même physiquement, ça se voit, ça peut se remarquer. Elles peuvent développer une finesse ou alors développer une force, une amplitude, une largeur, une puissance, selon les œuvres que l’on travaille, que l’on joue. Il y a ce rapport à la matière, et puis, il y a cette image aussi : les sculpteurs, quand ils font un relief d’un visage, quand ils veulent dessiner les contours du visage, rajoutent de la matière, ne creusent pas, ils rajoutent. Je pense souvent à cela avec le son : c'est plus intéressant de chercher le relief du son en ajoutant, en ajoutant du timbre, en ajoutant de la présence, en ajoutant du grain sonore, plutôt qu'en enlevant. […] D’où cette image de la relation au travail des mains, au travail de la sculpture comme la sculpture du son. (à propos des mains du sculpteur et des mains du pianiste)

Le sens de l'enregistrement est là lorsqu’il devient une chose essentielle pour l'interprète, quand vraiment enregistrer, c'est transmettre un message, […] qu’il faut le faire, il faut faire cet enregistrement. Après, la vie de l'enregistrement n’appartient plus à l'interprète, que ça devienne un enregistrement de référence ou non, ce n’est pas du choix de l’interprète. […] La sincérité et l’humilité sont essentielles. Je pense que l'enregistrement est une chose très différente du concert, et qu’il doit être abordé de façon très différente. Il y a bien sûr dans l’enregistrement la possibilité de reprendre, de faire des coupures, des montages. […] Il y a cette recherche de construction, à travers l’enregistrement, d’aboutissement, de laisser effectivement cette trace qui ressemble le plus à ce dont on est proche, musicalement, et émotionnellement, techniquement, intellectuellement, alors que le concert est l'instant […], c’est l’instant de fête, c’est l’instant de partage, c’est un rendez-vous incontournable.

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
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