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"Le Grand Georges", une fiction pour raconter la Résistance

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du film Le Grand Georges de François Marthouret, sur le résistant Georges Guingouin, qui sera diffusé demain soir sur France 3.

Avec Sébastien BALIBAR , Christophe PROCHASSON et Marc WEITZMANN .

Sébastien Balibar : « Ce film est une fiction inspirée de faits réels. Georges Guingouin est connu comme le premier maquisard, fondateur d’un groupe de francs tireurs en Limousin dès 1940 qui a mené de très nombreux combats. La première partie s’intéresse aux éléments de cette première résistance. Puis le film raconte comment Guingouin a fait face à la surprenante coalition entre les responsables staliniens du PC et d’anciens magistrats qui avaient collaboré avec le régime de Vichy. Beaucoup voyaient en lui un témoin beaucoup trop populaire de leurs erreurs et de leurs trahisons respectives. Il s’agissait de l’éliminer, et ils l’ont fait. Il fut le héros de cette deuxième résistance dont il est sorti victorieux. Dans cette histoire, il y a de quoi alimenter une œuvre romanesque, et c’est ce qu’ont fait François Marthouret et Patrick Rotman. Il a fallu trouver un équilibre délicat entre la reconstitution de l’histoire collective et la représentation d’un individu romanesque. Il fallait à la fois raconter et décrire. D’où mes questions : à notre époque de communication, faut-il passer par des reconstitutions romanesques pour faire sentir l’histoire au grand public ? Et puis, pourquoi ce film aujourd’hui, si tard, après la mort de la plupart des résistants ?

Le film est habile, et la manière avec laquelle il insère quelques bandes d’actualité signifie qu’il ne triche jamais. Le mélange du particulier et du général fait l’intérêt du film. J’ai pleuré devant ce film, de tendresse à l’égard du héros romanesque, et de rage à l’encontre de mes anciens camarades du PCF. L’hésitation entre histoire et l’épopée, cette contradiction est le sujet du film. »

Christophe Prochasson : « Le film fonctionne bien. Il va au-delà du simple projet pédagogique : il ne s’agit pas seulement de faire comprendre Georges Guingouin. C’est une œuvre d’art, et c’est à ce titre qu’il faut en parler. Le réalisme est un style narratif très délicat à manier pour les périodes d’une histoire contemporaine pour laquelle nous disposons d’images d’archives. Dans le film, des images d’archive sont mêlées à la pure fiction. On pourrait considérer que ce mélange est un scandale esthétique, car quand l’art s’empare de l’histoire, sa première mission n’est pas de rendre les choses comme elles étaient, mais de les styliser pour en tirer quelque chose d’universel. La première partie du film est moins bien réussie que la seconde, car elle hésite entre l’épopée et les éléments intimistes. La deuxième partie, elle, renonce à la fresque historique pour s’intéresser à un homme : elle prend le point de vue d’un récit, elle est donc plus touchante.

Pourquoi le film vient-il si tard ? Nuançons : les faits rapportés par le film sont bien connus des historiens. Se pose alors le problème de la divulgation du savoir. Il faut rappeler que pendant longtemps, le PC était le parti aux 75 000 fusillés, or, ils étaient largement moins. L’hégémonie culturelle de ce parti a longtemps ralenti l’histoire. Il y a un deuxième point important, c’est la sortie du communisme, et la difficulté de quitter un parti qui a fonctionné comme une famille, un réseau de soutien. Ce sont toutes ces difficultés que montre le film avec une grande efficacité.

Il y a des films dans lesquels le mélange réalité / fiction fonctionne, et d’autres dans lequel ils ne fonctionnent pas. C’est le cas lorsque l’image réelle est simplement là pour "faire vrai". »

Marc Weitzmann : « Pourquoi le mélange de réalité et de fiction constitue-t-il un scandale stylistique ? C’est une question intéressante, qui a été abordée en littérature. C’est quelque chose d’inévitable au vingtième siècle, où l’histoire et les moyens de communication ont envahi tous les imaginaires. La vraie question, c’est de savoir comment raconter une histoire individuelle au sein de la grande histoire. On peut intégrer des documents réels dans une fiction, tout dépend du propos et de la position morale que l’on adopte. Dans le film Retour à Vienne , tout est construit sur un mélange de fiction et d’archives, et c’est un chef-d’œuvre.

La difficulté d’aborder des personnages comme Guingouin vient de l’histoire qui a été racontée après guerre. Les gaullistes ont voulu réconcilier toutes les tendances de droite, et la gauche a voulu oublier les compromissions et les complaisances vis-à-vis du nazisme. Comment passer sur le fait qu’il y avait une tendance à l’acceptation de la défaite ? »

Sons diffusés :

  • Extraits du téléfilm Le Grand Georges de François Marthouret.

  • Georges Guingouin dans A voix nue le 17 mars 1999.

  • Leonard Cohen, « The partisan ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 6 janvier intitulée « Retour sur l’œuvre de Verdi », cliquez ici.

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