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Le mouvement FEMEN : un nouveau féminisme ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du documentaire de Caroline Fourest et Nadia El Fani, "Nos seins, nos armes", diffusé mardi 5 mars sur France 2 à 22h45.

Avec : Eric FASSIN, Nadia EL FANI, Geneviève FRAISSE

Eric FASSIN  : « Ce documentaire est un hommage engagé au FEMEN. Ce qui caractérise les FEMEN c’est la poitrine dénudée, et c’est aussi leur logo stylisé. Qu’est-ce que veut dire se dénuder ? Est-ce se constituer en sujet ou s’exposer en objet ? Il s’agit presque tout le temps de femmes jeunes et jolies. Le paradoxe étant que cette manière de se constituer en objet a accompagné la dénonciation de la transformation de l’Ukraine en bordel. Il y a une certaine ambigüité dans cette représentation. Mais on peut aussi déplacer la question : y a-t-il un sens univoque ou polysémique à ces seins nus ? Il me semble que la force féministe des FEMEN est leur dose parodique. Le surjeu donne un effet d’ironie. Mais lorsque la nudité est jouée au premier degré, on perd ce qui faisait l’intérêt de départ, la force parodique. Le film suggère que le féminisme c’est ça, une continuité est donnée, mais La Barbe n’apparaît pas dans cette chronologie. On ne peut qu’admirer le courage de ces femmes qui se dénudent. Mais au fond, c’est quoi le sens de tout ca ? Il y a un retournement entre un dévoilement parodique et une injonction à la nudité.

[…] On peut considérer que cette nudité veut dire plein de choses, les seins sont un signifiant flottant. Mais le film nous propose une grille de lecture : cette Internationale féministe va se jouer autour du dévoilement d’où le surgissement de la question musulmane. »

Geneviève FRAISSE  : « J’aimerais revenir sur l’expression « féminisme populaire » : elles sont dans la rue. Les FEMEN sont dans le sur lignage, elles désignent comme puissants ceux qui le savent déjà. La Barbe désigne les puissants qui s’ignorent. Les Pussy Riot ont un texte, les FEMEN inscrivent des slogans sur leur corps. Elles proposent non pas un texte mais une image, un écran.

[…] Il faut abandonner le débat sur quel type de féminité est en jeu dans l’image qu’elles donnent. Il faut distinguer Alia Al Mahdy, qui fait un acte de liberté extraordinaire, les autres s’inscrivent dans une stratégie. Alors de quelle vérité s’agit-il ? Il faut distinguer les pratiques et non les juxtaposer pour mieux cerner ce qu’est ce féminisme de rue. »

Nadia EL FANI  : « Dans la contestation révolutionnaire de rue, heureusement que ce sont les jeunes qui s’en chargent. Elles sont là et c’est important. Il y a aussi des femmes moins jeunes. Plus qu’un nouveau féminisme, c’est une nouvelle Internationale des femmes. Elles apportent énormément au féminisme dans le monde. Au bout d’un moment on ne voit plus leurs seins, mais les slogans. Elles attaquent certes, mais ne sont pas violentes. Elles se défendent par l’écrit, par l’image.

[…] Pour Alia, c’est avant tout un acte artistique. Aujourd’hui, commet la rue n’est pas accessible aux femmes dans les pays arabes, elle passe par internet. »

Sons diffusés : 

  • Extraits du documentaire de Caroline Fourest et Nadia El Fani, « Nos seins, nos armes ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 5 mars 2013 intitulée « Semaine 1913 // Autour de Marcel Duchamp », cliquez ici.

Intervenants
  • sociologue, Professeur à l’Université Paris-8 Vincennes-Saint Denis (Département de science politique et Département d’études de genre), Chercheur au LEGS (Laboratoire d'études de genre et de sexualité, CNRS / Paris-8 / Paris-Nanterre)
  • Philosophe de la pensée féministe

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