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Anurag Kashyap lors de l'Indian Film Festival of Los Angeles (IFFLA), le 11 avril 2013.

Le polar indien de Anurag Kashyap

28 min
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Nous recevons Anurag Kashyap, cinéaste et producteur, pour son nouveau film, "The Mumbai Murders", un thriller psychologique, qui met aux prises un jeune policier et un tueur en série dans les dédales de Bombay. L'occasion de parler de la violence au cinéma et du futur du cinéma indien.

Anurag Kashyap lors de l'Indian Film Festival of Los Angeles (IFFLA), le 11 avril 2013.
Anurag Kashyap lors de l'Indian Film Festival of Los Angeles (IFFLA), le 11 avril 2013. Crédits : Imeh Akpanudosen - AFP

Bombay est la ville du cinéma. La ville est aujourd’hui le décor d’une course effrénée entre un flic ripou et un serial killer. Un thriller psychologique conduit de main de maître par le réalisateur de Paanch et de la première série Netflix indienne, Sacred Games : The Mumbai Murders, en salles aujourd’hui. L’occasion de recevoir le cinéaste indien Anurag Kashyap.

Inspiré d’un fait divers, celui d’un tueur en série des années 1960, Raman Raghav, alias Psycho Raman, quarante meurtres à son actif, le film ouvre sur un avertissement : « This film is NOT about him ».

Un thriller survolté, électrique dans les rues de Bombay. C’est l’histoire d’une traque, où l’on suit tour à tour un serial killer, dont le calme, la froideur détone avec le rythme effréné du film, et un flic qui le poursuit, cocaïnomane, très borderline ...

Ces deux antihéros, je les ai trouvés dans la situation présente de l'Inde, où la société est extrêmement polarisée. […] J'ai décidé de m'inspirer de cette histoire, et j’ai transformé ce serial killer, qui s’appelle Raman Raghav, en deux personnages. Et l’idée derrière le policier, c’était que les policiers sont censés me permettre de me sentir en sécurité, et de me donner de la sécurité, mais c’est les seules personnes dont j’ai en fait vraiment peur.

Cette idée des âmes sœurs est très intrigante pour moi. Très souvent, on découvre Dostoïevski, on lit Crime et châtiment, et on découvre la question du double. Il y a cette idée de complétude, que l'on recherche tout le temps. Ça m’intéressait depuis longtemps, l’idée de mêler le criminel et le policier, tous les deux cherchant un ordre, l'un en uniforme, et l'autre sans uniforme.

Malheureusement, je ne connais pas mon âme sœur. Je ne l’ai pas trouvée. Je pense que c’est une quête, une quête constante, mais qui d’une certaine manière est plaisante. Et je crois qu’il y a peut-être plus de plaisir et de joie dans le processus de la quête. A partir du moment où on trouve son âme sœur, c’est peut-être juste la fin de la chose.

C’est intéressant cette idée des serial killer qui sont le miroir de la société. Ils ont cette manière très aiguë de regarder la vie, et le serial killer regarde cette société qui se désagrège, ses valeurs qui sont en train de tomber. […] Ce policier, c’est l’incarnation de la chute des valeurs. Le serial killer le regarde se désintégrer, jusqu’au point où il va pouvoir être son égal.

C'est une version augmentée de ces crimes originaux [de Raman Raghav], parce qu’il n’y a pas de motif. Personne ne savait pourquoi ce serial killer tuait, il tuait au hasard. Et il disait toujours que c'était Dieu qui lui parlait et qui lui demandait de tuer. Tous les autres serial killer, on peut d’une certaine manière arriver à les comprendre, en étudiant leur psychologie, mais ce tueur en série, Raman Raghav, personne ne savait pourquoi il tuait. Et c’est pour ça que les gens l’ont gardé en mémoire.

On dit, au nom de la religion, je peux tuer n’importe qui. Et les gens ne sont pas punis, ne veulent pas l’être, non plus. […] En Inde aujourd'hui, avec la religion, vous pouvez justifier n’importe quoi et vous pouvez vous en sortir. Et d'ailleurs, le système politique en Inde actuellement est basé sur la religion. (à propos de la situation politique et de la violence dans la société indienne)

Je me vois comme un réaliste, mais je suis optimiste, dans ma personnalité, parce que j'ai envie d'amener le regard sur des choses qui sont inconfortables. En Inde, on fait seulement un type de cinéma, qui est un cinéma très positif, qui parle d’amour, et qui est un peu irréel. C'est le cinéma commercial. Mais on ne parle pas des choses qui sont inconfortables, dans le cinéma indien. On se dit, dans notre système de pensée, que ce qui est inconfortable pour nous est quelque chose qui est négatif. Et c’est quelque chose que je veux changer. J’aimerais amener toutes ces questions dans le discours du cinéma, parce que je crois qu’on ne peut faire que ça si on n’est pas un pessimiste. J’ai envie que les gens portent le film avec eux et qu’ils y réfléchissent. D’une certaine manière, c’est ce qui permet d’amorcer toujours une discussion. (à propos de sa conception du cinéma)

L’hindi, c’est ma langue, c’est la langue où je m’exprime le mieux. J'ai envie de faire des films en Inde, j’ai envie de raconter des histoires de l'Inde qui ne sont pas racontées à Bollywood. Le langage est très important pour arriver à toucher un public, même pour toucher des publics internationaux. […] Je pense que ça ne marche pas quand on fait des films dans une langue qui est étrangère au personnage qui est dans le film. (à propos de son cinéma indien)

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