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Le rire est-il consensuel ?

26 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l’article « Le comique de consensus » de Benoît Hopquin à la une du Supplément « Culture & Idées » du Monde.

Avec :

Benoît HOPQUIN .

Hervé LE TELLIER .

Dominique CARDON .

Benoît Hopquin : « Le présupposé de départ de cet article, c’était que notre société était devenue rabat-joie, qu’elle ne tolérait plus ses humoristes, qu’elle les embastillait. Donc j’ai commencé à enquêter là-dessus. J’ai interrogé des humoristes de toutes les époques. Je me suis aussi plongé dans les archives. Ça a totalement bouleversé la donne, car j’en suis arrivé à exactement l’inverse du présupposé de départ. Je pense aujourd’hui que les journalistes n’ont jamais été aussi libres. […] On constate que depuis les trente ou quarante dernières années, il est, pour les humoristes, beaucoup plus facile de faire rire. Il y a beaucoup moins de danger, de risque. La transgression est beaucoup plus acceptée. […] Aujourd’hui, ce qui se passe c’est que les humoristes mettent en scène leur martyres […], le fait qu’ils soient attaqués (par des associations, en justice, par la LICRA, etc.). […] Je pense que c’est une manière de remplir les salles. »

Hervé Le Tellier : « Il y a d’abord l’autocensure dans le cadre d’un contrat : on est embauché par une entreprise (qui peut être une radio, une télévision, etc.) […] Et puis, il y a un deuxième point qui est le moment du procès et je pense que les juges sont devenus extrêmement tolérants. […] Donc, il y a ce double élément : travailler pour quelqu’un et le procès. […] Aujourd’hui, il y a une grande liberté, très visible. […] par exemple les journaux satiriques vont extrêmement loin. »

Dominique Cardon : « Qu’est-ce que c’est que la transgression ? Je pense à Olivier Mongin par exemple et cette idée que si la force subversive de la transgression de l’humoriste s’est amenuisée aujourd’hui, c’est parce que nous accordons moins de crédit aux institutions. Du coup, la blague, l’humour, la rigolade… […] c’est un « temps de dérision généralisée ». […] Mais c’est aussi un débat sur la liberté d’expression qui est constamment mise en scène. […] l’idée que la parole doit être déconnectée de l’action […], qu’il faut désengager le langage du monde, des gestes et des comportements. Guy Bedos dit : « L’humour, c’est une langue étrangère. ». »

Benoît Hopquin : « Devos disait aussi : « L’humour doit buter sur quelque chose. » Et aujourd’hui, comme il n’y a plus de butoir (parce que la société est de plus en plus tolérante), les humoristes avancent mais sans déclencher l’humour, sans déclencher le rire. […] Souvent l’humour tombe à plat. »

Hervé Le Tellier : « Le point d’appui est justement la limite créée par le public. »

Sons diffusés :

  • Un extrait d’Alain Finkielkraut dans « Le Grand Journal » du 30 mars 2010.

  • Sketch de Pierre Desproges.

  • Sketch de Guy Bedos.

  • Yassine Belattar extrait du « Belattar Show »

  • « Le parti d’un rire » interprété par Pierre Dac.

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