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Le roman est mort, vive le roman !

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du livre Le roman d'hier à demain, de Jean-Yves Tadié et Blanche Cerquiglini (Gallimard).

Avec Joy SORMAN , Philippe MANGEOT , et Geneviève BRISAC .

Joy Sorman : « La réédition de cet ouvrage paru dans les années 1990 lui fait gagner un siècle en passant dans le 21ème, avec une prise en compte des parutions récentes. Le point de départ du livre est le constat que le roman est devenu le genre majeur au 20ème siècle. Le roman est devenu une entité cannibale qui dévore les autres genres. Le point de départ est un faux paradoxe : d’une part, l’élargissement du roman en fait un genre poreux, incertain et flou d’autre part, on n’arrive pas à renoncer au roman, on s’accroche à cette appellation alors qu’elle est devenue sans frontière. C’est un élément désiré par le marché : l’appellation « roman » peut faire vendre. Et puis, les romanciers d’aujourd’hui sont influencés par des cultures diverses : cinéma, séries… tandis que leurs prédécesseurs avaient des références exclusivement littéraires.

Dans Nouveau Roman , la pièce de Christophe Honoré, il est intéressant de voir qu’il y a un mélange entre la lecture des textes des auteurs de ce mouvement littéraire, leur réflexion sur la littérature, et leur vie de groupe. Le nouveau roman apparaît ainsi le dernier grand mouvement littéraire en France. Il faut se demander ainsi si l’auto-fiction, l’écriture blanche, ne feraient pas office de mouvement littéraire. Faut-il s’en désoler ? La question est posée.

Il est impossible de définir le roman. La question est celle de la littérature et de la langue. Le roman, reste un lieu d’imagination, d’invention formelle, et surtout d’invention de la langue. »

Philippe Mangeot : « Le livre de Tadié est un catalogue, qui constitue le degré zéro de la théorie littéraire. C’est troublant de voir qu’un tel livre est publié. Le mouvement actuel du roman, cette progression cannibale, est la définition même du mouvement. Ce qui caractérise le roman, c’est sa capacité à s’intéresser à ce qui est rejeté par l’ordre des discours littéraires institués : mots bas, sexualité, grossièretés. Par sa plasticité, il peut absorber tous les discours et tous les objets, par conséquent ce qui arrive au roman aujourd’hui n’est pas forcément neuf. Ce qui est sûr, c’est qu’il arrive aujourd’hui au point où on n’est plus tout à fait sûr que c’est du roman, parce qu’il quitte le champ de la fiction. Ce sont à la fois les enjeux en termes de sens et en termes formels auxquels il faut réfléchir.

Balzac commence Le Père Goriot , modèle du roman canonique, en disant qu’il ne s’agit pas d’un vrai roman. Le vrai roman est celui qui n’est pas un vrai roman ! Il est certain qu’il y a une rémanence du bon vieux roman du 19ème, mais sous ce terme, on est capable de couronner quelque chose qui ressemble peu au modèle du 19ème. C’est le cas de Féérie générale , d’Emmanuelle Pireyre. Ce livre est un symptôme de ce qui se passe aujourd’hui. Il y a une volonté de coller à ce qui n’est pas la fiction. C’est un moyen d’interroger la façon dont le réel est lui-même tissé de fiction. Le roman est donc aussi un lieu pour se coller au réel. Quant à savoir comment le définir, personne n’y est jamais arrivé ! »

Geneviève Brisac : « En lisant le livre de Tadié, je pensais réviser mes classiques. Lors de sa première édition, le livre m’avait fait l’impression d’être une synthèse de cours sur l’état du roman, dont la première partie est un passage en revue des romans préférés de Tadié. Plus j’avançais, plus je trouvais ce livre ennuyeux, pataud et réactionnaire. Les femmes n’apparaissent pas, à part Virginia Woolf et Nathalie Sarraute. Pour moi, c’est une supercherie et une arnaque commerciale. Ce livre embrouille la tête. Rien n’est mis en perspective.

Le roman a toujours été fourre-tout et multiformes, même pour certaines formes versifiées. Ce qui change, c’est son usage commercial et journalistique, qui tient à la signification que ce terme a pris au 19ème siècle.

La pièce de Christophe Honoré, Nouveau Roman , m’a beaucoup plu. Mais il a tort de dire qu’il n’y a pas de réflexion dans le roman. Il y a toutefois un combat politique à mener contre des formes réactionnaires. Quand les écrivains se révoltent pour mettre en avant de nouvelles formes, c’est qu’ils n’en peuvent plus. Emmanuelle Pireyre est un bon exemple de femme qui écrit un bon roman sous une forme nouvelle. Il y a de nouveaux mouvements. Comme le nouveau roman, pour se battre, il faut se mettre à plusieurs pour imposer quelque chose. »

Sons diffusés :

  • Alain Robbe-Grillet dans Radioscopie le 21 avril 1970.

  • Claude Nougaro, « Viens dans mon roman ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 11 décembre intitulée « Entretien avec la réalisatrice Hiam Abbass », cliquez ici.

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