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Les origines littéraires de la psychanalyse

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir des livres Le laboratoire central de Jean-Bertrand Pontalis (Ed. de l'Olivier), Freud avec les écrivains de Edmundo Gomez Mango et Jean-Baptiste Pontalis (NRF), et Correspondance entre Sigmund Freud et Anna Freud (Fayard).

Avec :

- Geneviève BRISAC

- Tobie NATHAN

- Catherine CLEMENT

Geneviève Brisac : « On a observé au cours des décennies passées une évolution. La psychanalyse a d’abord été rattachée à la philosophie. A travers Marx, Freud, on avait appris à déconstruire le sujet. Sous l’impulsion de Pontalis, de Gribinski, la réflexion des psychanalystes s’est rapprochée de la littérature. Dans les universités américaines, on étudie les traumas à travers la littérature, et on s’est souvenu de ce que Freud avait puisé dans la littérature. Quant à mon expérience personnelle, mon approche de la psychanalyse est venue par la littérature, à l’occasion de travaux sur l’anorexie, puis sur Virginia Woolf.

Le laboratoire central c’est une très bonne expression et un très bon livre, car Pontalis montre à quel point littérature et psychanalyse sont deux sœurs qui cheminent ensemble autour de la manière dont on puise dans l’inconscient pour la création, avec le rêve, la mémoire, ou encore la mémoire du futur. L’œuvre littéraire met en question et en mouvement le lecteur, le fait bouger.

Pontalis incite à penser un autre lieu, hors de la théorie philosophie ou de la science : il s’agit du langage, des rêves, c’est-à-dire des autres chemins qui relèvent de l’accès à l’inconscient. C’est là où la littérature retrouve la psychanalyse : la sublimation est un point commun, mais elle ne passe pas par le même chemin. Une pensée qui est mue par l’étonnement est une pensée qui bouge. La psychanalyse n’a pu bouger tant qu’elle est restée fermée dans son armure théorique. La littérature lui a permis d’échapper au dogmatisme. Il faut que ces deux éléments dialoguent. Toute création procède d’un accès direct à l’inconscient, comme le dit Odilon Redon. Tout ce qui vient se mettre en travers du recours direct à l’inconscient inhibe la création. »

Catherine Clément : « Pontalis redonne ses lettres de noblesse à la psychanalyse. Il n’arrête pas de dire que le psychanalyste ne peut se prendre pour un psychanalmyste. Ce n’est pas une identité professionnelle. Le psychanalyste a une obligation de résultat, car la psychanalyse a une fonction curative. En 1978, on avait de nombreux « machins » sur la psychanalyse. J’en avais assez, et j’ai publié un livre intitulé Les fils de Freud sont fatigués pour demander aux psychanalystes de s’en tenir à leur vocation thérapeutique. Pontalis passe à la littérature comme écrivain après avoir fermé son cabinet. Il se détache de ses patients pour passer à la littérature proprement dite. Il y a une contradiction pour le psychanalyste entre psychanalyse et littérature : il ne peut pas écrire, car il va rechercher en permanence les raisons pour lesquelles il écrit, ce qu’il ne faut pas faire.

Pontalis se résume à travers le terme d’ « amour courtois ». Il a la distance qu’il faut avec la littérature et la psychanalyse. Il a eu la distance qu’il fallait avec Sartre : c’est l’un des seuls qui a claqué la porte des Temps Modernes quand Sartre et Beauvoir voulaient détruire l’université. Il y a chez Pontalis une forme de relation courtoise à la réalité, une distance qui est nécessaire. Mais je me demande si la littérature ne serait pas en danger en fricotant trop avec la psychanalyse. »

Tobie Nathan : « C’est une question ancienne. Freud cite des auteurs comme des références, des allégories, mais cela ne veut pas dire qu’il s’en inspire. Il faut s’interroger sur la construction des récits : Freud est un formidable constructeur de récits. Il en a fabriqué beaucoup, dans L’interprétation des rêves par exemple. Il a raconté des fables, comme celle de la horde primitive. De ce point de vue, il est allé chercher ces récits dans la psychanalyse. Finalement, il a tellement fasciné et un peu terrorisé les gens, qu’on l’a peu utilisé lui-même comme personnage de roman. Un roman extraordinaire a paru en 2007. C’est le roman policier, L’interprétation des meurtres , qui a eu un succès gigantesque et qui raconte le voyage de Freud aux Etats-Unis. C’est un livre fabuleux qui fait de Freud un personnage, et il a fallu attendre les romans policiers pour cela !

N’oublions pas la partie sauvage de la psychanalyse : les surréalistes ont appris que la création venait du fin fond de soi-même. »

Sons diffusés :

  • Julia Kristeva dans Les Amphis de France 5 , 1er octobre 1997.

  • Edmundo Gomez Mango, dans Les Nouveaux Chemins de la Connaissance , le 2 novembre 2012.

  • La Grande Sophie, « Psy, Psychanalyste »

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook**et le compte Twitter de La Grande Table.**

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