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L'historienne Joann Scott et la théorie du genre.

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du livre De l'utilité du genre de Joann Scott (Fayard).

Avec :

- Eric FASSIN

- Sylvie LAURENT

- Myriam MARZOUKI

Eric Fassin : « Pourquoi parler de genre ? On a beaucoup parlé de mobilisations politiques liées au genre, mais on a peu parlé des études de genre. Or, c’est un domaine en pleine expansion. Un des enjeux, c’est que le genre n’est pas qu’une affaire américaine : il y a une circulation internationale de cette question, mais aussi un va-et-vient entre la sphère scientifique et la société civile. Joan Scott montre ainsi que les mots qu’on utilise sont non seulement du savoir, mais aussi du pouvoir. Son recueil balaye la question du genre, et montre qu’il s’agit d’un outil qui est pris dans une histoire : par exemple, la distinction entre sexe et genre est éclairante, pas seulement parce que cela parle de la place des femmes et des hommes dans la société, mais parce que c’est un langage qui traduit des relations de pouvoir.

L’idée qu’il y a une différence de culture entre France et Etats-Unis est réfutée par Joan Scott. Il peut y avoir en revanche des divisions politiques qui se font entendre jusque dans le champ scientifique. Au fond, il s’agit d’opposer une figure féminine et une figure féministe. Joan Scott que la manière française de traiter de la féminité est une des conditions de possibilité de l’occultation des rapports de domination entre hommes et femmes. »

Sylvie Laurent : « Cet ouvrage rassemble tous les ingrédients pour briser le stéréotype sur les études de genre qui proviennent des Etats-Unis. On voit quels sont les enjeux de pouvoir qui se déploient sous nos yeux sans qu’on puisse ou qu’on veuille les voir. Cette historienne raconte son propre cheminement, et la manière avec laquelle elle s’est approprié cette notion, puis elle montre comment elle a distingué différentes écoles. A sa lecture, on comprend que la question du genre est plus que pertinente : elle est essentielle.

Les seuls moments où la question du genre s’impose dans le débat public en France, c’est lorsque la question sociale lui est associée, par exemple lorsqu’on parle de procès mettant en cause un patron pour harcèlement. Or, on ne peut pas être plus dans le genre en articulant les deux. Les questions de domination sociale, qui semblent passionner la France, sont indissociables de la question du genre. »

Myriam Marzouki : « Le livre raconte une autobiographie intellectuelle et l’histoire de la fabrication d’un concept. Dans un premier texte de 1986, Joan Scott rappelle que dans un premier temps, ce concept a été mobilisé stratégiquement par les historiennes pour ne pas dire qu’elles allaient parler des femmes. Elle souligne aussi que l’autre dimension du concept de genre, c’est de dire que si on parle des femmes, on va aussi parler des hommes, ce qui réinterroge la manière même de faire de l’Histoire. La véritable ambition, qui a été réalisée, c’est de repenser la manière même de faire de l’Histoire, avec une remise en cause du modèle universitaire existant. Cela a permis de repenser la question du colonialisme, ou celle de la religion. Travailler sur les femmes remet en cause la construction même de l’Histoire, et permet de retravailler les symboles mobilisés pour construire la réalité sociale. »

Sons diffusés :

  • Elisabeth Badinter dans le « 7/9 » de France Inter, le 6 juillet 2011.

  • Mona Ozouf et Claude Habib dans « Répliques » d’Alain Finkielkraut, le 28 octobre 2006.

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