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Lire un bout pour juger du tout : le prix de la page 111 est-il bien sérieux ?

27 min
À retrouver dans l'émission

Autour du prix de la page 111 et du prix de la page 112.

Avec Geneviève BRISAC , Marin DE VIRY et Hervé LE TELLIER .

Geneviève Brisac : « Prix de la page 111, prix de la page 112… il y a un côté potache à tout cela. Ils montrent aussi que nous nous trouvons dans un monde de la prolifération, qui amène à chercher de nouveaux moyens de sélection. Ces deux prix sont un peu différents. Du côté de la page 111, le jury s’attend à trouver de belles pages. A la page 112, il pense qu’elle est souvent moche, du fait de la fatigue de l’écrivain et de la lassitude de l’éditeur.

Tout ce qui va dans le sens d’une normalisation de la forme – l’idée d’un roman qui aurait un ventre, et donc une tête et des pieds – est problématique du point de vue de la création. Ainsi, si je jouais le rôle de critique, j’aurais plutôt tendance à prendre une page au hasard.

Pour un écrivain, avoir le prix de la page 111 n’est peut-être pas si agréable que cela, et dans toutes ces histoires de prix les gens qu’on entend le moins sont les écrivains. Un livre peut avoir sa justification dans une seule phrase qu’on n’oubliera jamais : c’est déjà pas mal, car on trouve des milliers de livres qui n’auront pas la moindre phrase merveilleuse. »

Marin de Viry : « La page 112 de Jakuta Alikavazovic, la lauréate du prix pour son livre La blonde et le bunker , est très belle ! Si on reprend les choses chronologiquement, le prix de la page 112 est antérieur au prix de la page 111 et ne fonctionne pas de la même façon. Pour la page 112, on lit la page 112 et si elle est bonne, on lit le reste. Cela permet de donner leur chance à tous les romans d’une rentrée littéraire. A la page 111, on se contente de juger la seule page éponyme.

Dans les deux cas, le numéro de la page a été calculé pour coïncider le « ventre » du livre. C’est une méthode assez juste pour trouver un point d’entrée dans les œuvres, car un critique littéraire doit sélectionner, évaluer préalablement à la décision de lire les livres. L’idée de substituer au feuilletage le principe de se concentrer sur une page me semble bonne.

Pour juger une œuvre, le critère principal est : est-ce que ça va créer ou pas de la culture ? Une œuvre est-elle capable de s’implanter dans suffisamment de cerveaux pour les atteindre ? C’est ainsi que je juge les livre que je lis, en tant que critique littéraire. »

Hervé Le Tellier : « L’effet pervers de tels prix, c’est que les auteurs risquent de soigner leur page 112 ! Je trouve l’idée de juger à partir d’une page assez convaincante. Par exemple, si on ouvre Vialatte à la page 112 pour vérifier… ça marche ! Le problème du roman, c’est qu’on est pris entre l’écriture, le style, et la nécessité de faire progresser l’action. Si on va chez des romanciers intéressants pour lesquels l’action est centrale, il peut y avoir des moments faibles. Chez John Le Carré, les pages 111 sont moyenne, et pourtant c’est un auteur que j’adore.

Tout cela, c’est du zapping, ça ressemble beaucoup à l’audiovisuel. Quand on zappe à la télé, on arrive parfois à la 42ème minute d’un film. Si on reste, c’est que le film nous plaît ! Et soit dit en passant, si on fait un peu de statistique, il est équivalent de prendre une page au hasard, que de prendre la page 111 ! »

Sons diffusés :

  • Daniel Mendelsohn dans La Grande Table le 22 mars 2011.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 21 décembre intitulée « Retour sur l’œuvre de Louis Aragon », cliquez ici.

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