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L'Italie est-elle dans l'impasse aujourd'hui ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l’ouvrage « Qu’est-ce qu’un peuple ? », collectif de textes d’Alain Badiou, Pierre Bourdieu, George Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière (Editions La Fabrique, paru le 15 mars 2013).

Avec :

Michela MARZANO .

Marc WEITZMANN.

Antonio CASILLI.

Michela Marzano : « La situation est complètement bloquée, car en dépit des tentatives qui sont faites par Pier Luigi Bersani d’essayer de créer un gouvernement capable de faire un certain nombre de réformes qui sont vraiment nécessaires (parce que la situation en Italie est tragique), il y a une réponse qui est toujours la même de la part des « 5 Etoiles ». C’est un « Non » systématique, à tout. […] La logique des « 5 Etoiles » n’est pas du tout de construire quelque chose mais de tout détruire. […] Leur but n’est pas le changement mais de détruire toute forme de politique. […] Grillo n’a rien d’un bouffon. […] Il est extrêmement sérieux. […] Il a d’ailleurs perdu toute forme d’humour. […] Il fut humoriste […] mais là, il n’accepte aucun humour vis-à-vis de son mouvement, vis-à-vis de cette non-politique ou de cette destruction de la politique. C’est quelqu’un qui a une façon de faire de plus en plus dictatoriale. […] Il n’admet aucune contradiction. Dès qu’il y a une critique, une contestation, tout de suite il a tendance à montrer que l’adversaire a été payé par les pouvoirs en place. […] Il y a une tendance à dévaluer toute forme de critique. Et c’est une voix unique. […] C’était le langage du fascisme : le mouvement unique qui efface toute critique. […] Tous les autres doivent se taire. Il n’y a même pas la possibilité d’exprimer une position différente. »

Antonio Casilli : « J’ai tendance à conceptualiser ce que Beppe Grillo représente dans le cadre plus vaste de l’histoire italienne du deuxième après-guerre. L’instabilité politique et les blocages politiques ont été marqués par l’émergence de certains mouvements. C’est cyclique en Italie […] : comme la Ligue du Nord […] et le mouvement de droite de Berlusconi. […] Or, quelle est la caractéristique de Beppe Grillo ? […] C’est que lui s’appuie sur un média extrêmement fort et visible, c’est-à-dire son blog. N’oublions pas que le mouvement des « 5 Etoiles » ne s’appelle pas le mouvement « 5 Etoiles » : il s’appelle « beppegrillo.it ». Le nom du blog est dans le logo et dans l’intitulé même du parti. On se retrouve face à un constat assez désespérant : les Italiens ont remplacé un milliardaire patron de télé avec un millionnaire patron de blog. On a remplacé un populiste de droite qui appuyait aussi sa popularité sur un médium (la télé, old media) avec Beppe Grillo et le nouveau média. »

Marc Weitzmann : « Le plus fascinant est l’alliance du populisme et d’Internet, les ravages que ça peut produire. On voit émerger un peu partout la mise en place de contre-savoirs. […] J’avais été passionné par l’article de Philippe Ridet dans « Le Monde » le mois dernier qui faisait le portrait de Gianroberto Casaleggio (qui passe pour le maître à penser de Beppe Grillo) […]. Casaleggio a écrit apparemment une sorte de manifeste dans lequel il prône l’avènement d’une espèce de « démocratie horizontale » qui passe par Internet. Il écrit : « Le mot leader ne veut plus rien dire. L’important, c’est le mouvement et le concept de communauté […] La toile permet l’appartenance à une communauté dès la naissance. » […] Ce qui laisse planer, évidemment, le totalitarisme total. »

Antonio Casilli : « Il y a un texte que je vous invite à lire. C’est Serena Danna, une journaliste italienne qui l’a publié il y a quelques semaines dans le « Guardian ». C’est un texte qui montre très clairement que le web incarné par Beppe Grillo est un web (au contraire de ce que Casaleggio affirme) extrêmement vertical et hiérarchique, organisé autour d’un chef […], où Beppe Grillo n’admet pas de commentaire ni de participation. »

Sons diffusés :

  • Reportages « Euronews » du 27 mars 2013 et du 21 février 2013.

  • "Io non mi sento italiano" interprété par Giorgio Gaber.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 28.03.2013 intitulée « David Wnendt et Jean-Yves Camus », cliquez ici.

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