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Mariage homosexuel : les fondements anthropologiques de la société

28 min
À retrouver dans l'émission

Au lendemain de la manifestation pour "Le Mariage pour tous" de dimanche 27 janvier 2013.

Avec : Catherine CLEMENT Philippe MANGEOT Paul THIBAUD
Catherine Clément : « Je suis frappée de voir l’anthropologie appelée à la rescousse des trois religions monothéistes, et notamment des chrétiens. Dans l’évangile selon Saint Matthieu, les exemples sont multiples qui montrent que le modèle de la famille traditionnelle est contesté par le Christ. La construction que défendent aujourd’hui les chrétiens est donc postérieure à la Bible. Au-delà de cet argument religieux, l’ethnologie nous enseigne qu’il y a de l’homosexualité dans toutes les cultures. Il est donc important que notre société la reconnaisse, et légifère pour protéger les couples et les familles.

Les opposants au mariage homosexuel parlent d’un désir d’enfant individualiste de la part des couples homosexuels, un argument qu’il faut discuter puisqu’il s’agit d’un souhait de faire famille, ce qui n’est pas individualiste. »

Paul Thibaud : « Il faut distinguer entre l’ethnologie, qui étudie des peuples, et l’anthropologie, qui est un projet plus général. Le problème est donc celui de l’anthropologie, c’est-à-dire de la définition de l’humanité en général. Or, je considère que l’anthropologie contemporaine est de plus en plus individualiste. A travers le mariage homosexuel, c’est la demande individuelle d’enfants qui est en cause. Finalement, on ne voit pas pourquoi il faudrait être en couple pour avoir droit à la Procréation Médicalement Assistée (PMA). Le couple homosexuel est donc un passage vers une revendication profondément individualiste. Si la loi passe, il peut ne rien se produire. Il peut aussi se produire beaucoup de choses si on va vers la PMA. La question fondamentale à poser est celle de la parenté, qui tend de plus en plus à être un fait individuel et qui pourrait mettre fin à la société, puisque celle-ci règle les rapports entre les générations et entre les sexes.

L’altérité sexuelle est importante pour faire naître les enfants. Du point de vue des enfants, je ne dis pas que les homosexuels ne sont pas capables d’éduquer des enfants, mais l’altérité des enfants donne à ces derniers une sûreté de leur origine. Peut-on priver un enfant de cette sécurité que lui donne la relation hétérosexuelle ? C’est une violence qui est exercée contre eux. On va vers une société où il y aura plus de choix, mais qui sera secrètement une société violente, car la nature limite le pouvoir d’action des parents, donc limite le droit des enfants de leur faire reproche. Si on introduit trop de volonté, on crée de la violence juridique.

On ne peut séparer la naissance naturelle de la possession de fait. La présomption de filiation n’a pas disparu. »

Philippe Mangeot : « Les arguments aujourd’hui échangés l’ont été lors du PACS, et lors des premières fécondations in vitro. Il faut dire la responsabilité d’un gouvernement qui a tant tardé : en 1975, la loi était déjà passée. L’anthropologie est fondée sur une conception de la société qui soutient l’idée de la différence, de l’altérité. Les manifestants sont favorables à l’idée que l’enfant doit se structurer dans l’expérience de l’altérité. C’est parce que nous ne réduisons pas l’altérité à la différence des sexes que nous défendons la possibilité pour deux hommes d’avoir un enfant. Entre l’homme que j’aime et moi-même, il peut y avoir autant de différences fondamentales qu’entre un homme et une femme. La société au sens large est le lieu même d’expérience de la différence, et pas exclusivement de la différence des sexes.

La filiation ne se réduit pas à la procréation. Sur un plan subjectif, on est tous subjectivement nés de PMA, car l’enfant court-circuite la pratique sexuelle de ses parents : il n’imagine pas être le fruit de la copulation de ses parents. Je veux croire que dans une société plus égalitaire, les enfants qui se découvriront différents pourront échapper à la violence de la société. »

Sons diffusés :

  • Extrait d’un reportage de Frédéric Métézeau, diffusé le 28 janvier 2013 dans le journal de 7h de France Culture.

  • Françoise Héritier sur La Chaîne Parlementaire le 14 décembre 2012.

  • Bob Dylan, « Wedding song ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 28 janvier intitulée « Grand entretien avec le musicien et compositeur espagnol Paco Ibanez », cliquez ici.

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