LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Marseille capitale européenne de la culture... mais de quoi parle-t-on ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A la veille de l'inauguration de "Marseille-Provence 2013 : capitale européenne de la culture".

Avec Jean-Louis COMOLLI , Patrick BOUCHAIN , et Stanislas NORDEY .

Retrouvez le programme spécial de France Culture (émissions, dossier spécial sur notre site), cliquez ici.

Jean-Louis Comolli : « Il y a un hiatus entre "capitale européenne" et "Marseille". On la qualifie souvent de ville monde et si tel est le cas, ce n’est pas tout à fait une capitale européenne de la culture. De tout temps, elle a été une ville rétive, réticente, hostile. Cette ville a toujours posé problème au pouvoir central. Voilà une nouvelle tentative de la raisonner et de la ramener dans le lot commun. Le problème, c’est de savoir comment sont répartis les projets, et comment ils redéfinissent le territoire marseillais. Et on voit que la ville est coupée en deux, avec un littoral favorisé et des quartiers nord délaissés. L’écart se creuse entre la ville propre de bourgeois, et la ville sale de la drogue et du banditisme.

Le terme de capitale induit un logique pyramidale, un regroupement au sommet, alors que la culture fonctionne de manière capillaire. On a une forme de culture étatique. Voilà ce qui se profile derrière. On a affaire à une montée en puissance du spectacle de la culture, or, cela est éphémère, et ne laisse pas de trace. En disant "capitale européenne", il est clair qu’on exclut une partie de la population. Comme par hasard, ce peuple est celui qui habite les quartiers nord. On assiste à une sorte d’apartheid qui ne dit pas son nom.

Les projets de Patrick Bouchain avec la Belle de Mai sont réalisables sans que Marseille soit capitale européenne de la culture. Il y a une contradiction difficile à résoudre entre une politique culturelle forcément centrée, qui conçoit la culture en termes plutôt quantitatifs, et l’activité artistique elle-même qui par définition sera toujours minoritaire. »

Patrick Bouchain : « Ce que j’aime dans l’initiative du projet des capitales européennes de la culture, c’est que Mélina Mercouri et Jack Lang se sont mis ensemble pour le créer. Il est formidable que l’idée de deux ministres ait perduré au bout de trente ans. Entre 1985 et 2004 se sont écoulés 20 ans, ce qui s’est passé à Lille n’est pas ce qui avait été imaginé initialement. On pourrait croire que ce label pousse à une forme de standardisation, pourtant, ce qui va arriver à Marseille sera le contraire de Lille : ce sera sans doute moins structuré. J’ai accepté d’aider un collectif d’artistes à Marseille, la Friche de la Belle de Mai, j’ai obtenu un bail pour des résidences d’artistes. D’autres n’en ont pas profité, certes, mais on voit que les artistes ont leur place dans la construction de la ville. Même si ce n’est pas le cas pour tout le monde, nous avons réussi à développer un projet artistique expérimental pour un projet urbain.

J’ai travaillé durant dix ans à Marseille. Ce qui est formidable à Marseille c’est que la pauvreté est mélangée au reste, elle marcotte dans l’ensemble du territoire urbain, bien que les quartiers nord soient une grande partie de la ville. On a pris ce territoire pour y créer un lieu de vie. On a ouvert ce territoire aux habitants, en y installant une crèche, un street park et un restaurant. On a créé un lieu de vie, et je ne me suis jamais permis de porter de jugement sur la qualité artistique de ce qui se faisait avec les artistes qui occupaient initialement la friche. La première exposition qui a lieu chez nous, accueille à l’intérieur de la Friche des artistes de tout le bassin méditerranéen. Notre lieu est en vie, il est déjà habité, et les lendemains qui pleurent risquent de ne pas arriver chez nous. En définitive, l’événement est aussi nécessaire que le non-événement ».

Stanislas Nordey : « Je ne doute pas de la sincérité du geste de Lang et Mercouri, mais le nom de "capitale" est mauvais car il porte une série de malentendus possibles. Tout ce qu’on entend aujourd’hui d’insatisfactions est lié à ce que produit la question de la capitale. Y a-t-il quelque chose de l’ordre de la méthode Coué, ou au contraire une hallucination de la part des gens qui ont nommés ainsi des projets ? Capitale, c’est un terme administratif. Il faut un terme plus modeste qui ne porte pas en lui-même toutes les déceptions à commencer par le fait que les acteurs associatifs sont mis à la marge.

Le problème de ces manifestations, c’est de savoir ce qu’il en reste après. Même à Lille, les bilans sont à nuancer. Ces coups de projecteurs créent une forme d’illusion, même si certaines choses perdurent. C’est comme les JO, comme l’UNESCO, cela peut amener à une forme d’amertume des lendemains qui ne chantent pas forcément. Si on était sur des structures plus modestes, il en dirait autrement.

La particularité de Marseille, c’est qu’elle ne ressemble à rien d’autre. Quant à La Friche, elle a une vie depuis longtemps. Marseille-Provence 2013 permet de l’aboutir, mais par ailleurs, ce qui va se créer est friable. »

Sons diffusés :

  • Mélina Mercouri, « Athènes, ma ville ».

  • Bernard Latarjet, dans Les Matins de France Culture le 24 février 2011.

  • Massilia Sound System, « Rendez-vous à Marseille ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 11 janvier intitulée « Entretien avec Simon Abkarian », cliquez ici.

ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......