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Patti Smith, le 22 mars 2018 à New York.

Patti Smith en pèlerinage littéraire

27 min
À retrouver dans l'émission

Avec Patti Smith, chanteuse, photographe et écrivain, pour son dernier livre, "Dévotion" (Gallimard, 2018). Un ouvrage autobiographique hybride, émaillé de photographies, entre essai critique, hommage à ses figures littéraires de référence, et pure fiction, avec le destin d'une jeune patineuse.

Patti Smith, le 22 mars 2018 à New York.
Patti Smith, le 22 mars 2018 à New York. Crédits : Eduardo Munoz Alvarez - AFP

A quelques jours des élections américaines de mi-mandat, le six novembre prochain, journée spéciale sur France Culture : comment Trump réinvente-t-il le monde ? Et quel monde ? 

C'est donc une artiste américaine que nous recevons aujourd'hui : Patti Smith est dans La Grande Table, et nous suivons le pèlerinage littéraire d’une icône du rock !

Après Just Kids, Glaneurs de rêves et M Train, la chanteuse et poétesse américaine revient avec un essai littéraire, Dévotion, chez Gallimard. D’où vient l’inspiration ? Sur les traces de qui marche-t-elle ?

Rencontre avec la grande Patti Smith, marraine de toute une génération.

En 1988, dans la veine des protest songs, elle chantait « People have the power ». A cinq jours des midterms, est-ce qu’elle y croit encore ? Aux Etats Unis, quel est le pouvoir « des gens » et la responsabilité des artistes ?

J’ai toujours écrit et je me considère plus comme écrivaine que comme musicienne. […] Je me considère plus comme une sorte de performeuse sur scène. La discipline la plus importante à mes yeux, celle à laquelle je me suis le plus tenue, c’est vraiment l’écriture. Depuis que j’étais toute petite, j’ai voulu et j’ai souhaité écrire.

Quand j’écris des chansons, j’ai toujours le public en tête, les personnes qui vont m’entendre, alors que quand j’écris seule, je ne pense à personne et je m’immerge vraiment dans le monde du manuscrit. Ce sont des responsabilités différentes.

Je me fonde davantage sur les mots que sur la musique quand j’écris.

Dans chaque livre, la première chose qu’on fait, c’est d’essayer de trouver une voix. 

Il faut pas forcément écouter le son des voix, mais la façon dont les mots qu’on écrit vont envahir le silence. 

Quand on écrit, si la voix qu’on écrit n’est pas authentique, ça se verra. Cela saute réellement aux yeux quand la voix n’est pas naturelle.

Je les considère plutôt comme mes amis, ces auteurs, ou peut-être comme des maîtres en quelque sorte, qui m’enseignent à distance leur art. Je n’ai pas énormément d’inquiétude par rapport à ça, ce n’est pas de l’orgueil, c’est tout simplement que j’aime ce que je fais, j’aime écrire, et donc peu importe si les auteurs qui m’inspirent sont extrêmement estimés ou considérés comme extrêmement importants, cela n’enlève rien à mon plaisir d’écriture. Plutôt que d’avoir peur ou de me sentir intimidée, je préfère me laisser inspirer jusqu’à avoir envie de leur tourner le dos, parce qu’on ne peut pas être étudiant toute sa vie, à un moment, il faut aller au-delà des écrivains qu’on admire, c’est en tous cas l’espoir qu’on peut avoir, c’est ce à quoi on aspire tous. Et si on aime l’œuvre de quelqu’un, notre aspiration n’est pas de faire aussi bien que lui, simplement, mais de faire mieux, et même si on n’y parvient pas, cette aspiration nous restera toujours. 

Il ne faut pas avoir peur des grands écrivains, des grands auteurs, il faut simplement les laisser vous prendre la main, parce que vous pouvez apprendre des tas de choses d’eux, et puis si vous osez, peut-être que vous pouvez même réussir à les surpasser. 

Pour moi, la proximité c’est quelque chose d’extrêmement important. Etre proche des gens que j’aime […] C’est plus quelque chose de sentimental chez moi que d’intellectuel. 

Quand on y réfléchit bien, la plupart des gens que j’aime sont morts, mon mari, mon frère, mon chien, mes parents, beaucoup de mes amis proches. […] où est-ce que je peux les retrouver, si ce n’est dans mes souvenirs, mais aussi dans des endroits qu’on a pu visiter ensemble. Et quand je passe un peu de temps sur la tombe de Silvia Plath, j’ai l’impression de passer du temps avec une amie, de même que quand je vais voir la tombe de mon mari. Je suis en quelque sorte une amie de ces gens morts. 

Quand je viens à Paris, je peux retourner dans des rues qui ont exactement la même allure que quand je les ai visitées avec ma sœur, ou voir l’église de Saint-Germain-des-Prés qui est exactement la même, rendre visite à Nerval, à Baudelaire, à Beckett, qui sont toujours exactement là, et donc retrouver toutes les différentes voix, les différents souvenirs que j’ai ici, l’Olympia où j’ai chanté, le café où j’ai écrit. J’ai finalement beaucoup plus de nostalgie quand je voyage que quand je suis dans ma propre ville. 

C’est ce qu’il y a de beau dans l’art, c’est ce qu’il y a de beau dans le fait de raconter une histoire, c’est qu’on peut faire ce qu’on veut. Dans la vie, on doit quand même faire un minimum attention les uns aux autres, alors que quand on crée, on peut aller au bout de l’abandon. Si vous avez envie de vivre une vie terrible et d’aller jusqu’à commettre un meurtre, essayez de le faire plutôt au travers d’une histoire que dans la vie réelle. 

En tous cas, pour moi, la vie n’a rien d’un conte de fées sombre […] J’ai ma propre lampe-torche interne. 

Je crois que nous avons surtout besoin de sang neuf, nous avons besoin de nouvelles personnes, nous avons besoin de voix plus fortes, nous avons besoin des jeunes. […] C’est dans les jeunes que j’ai foi, parce que tout pour moi repose dans leurs mains, […] c’est vraiment en eux que je place tout mon espoir.

Je n’ai jamais considéré que c’était aux artistes de changer le monde. Le rôle des artistes, c’est d’inspirer les gens, de rassembler les gens, mais ce sont les gens qui font les véritables changements. […] il s’agit simplement de savoir qui a le pouvoir, et ce sont les gens qui ont le pouvoir, parce qu’unis ils peuvent absolument tout faire, rien que par le nombre qu’ils représentent. Et le gouvernement n’aime rien tant que d’inspirer la peur aux gens et de pousser les gens à oublier justement le pouvoir qu’ils ont. 

Un président, des gouvernants, ne sont pas là pour réparer, changer les choses par eux-mêmes, ils sont là pour servir les gens. Et ce sont les gens qui savent mieux comment faire le changement. 

Intervenants
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