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Peut-on parler de race en France ?

28 min
À retrouver dans l'émission

Avec :

Eric FASSIN

Catherine CLEMENT

Sylvie LAURENT

Sylvie Laurent : « Les États-Unis nous aident peut-être à comprendre un peu ce qui se passe (ou pourrait se passer) autour cette question de reconnaissance (ou non) de la race, des réparations, de l’engagement du président de la République, etc. […] J’aimerais rappeler deux épisodes historiques, deux discours très célèbres et extrêmement importants pour notre compréhension de ce que peut être la question de la race : 1) le discours de Washington de 1963 de Martin Luther King Junior (« J’ai fait un rêve », […] le rêve d’un pays post-racial, […] mais aussi la métaphore du « chèque sans provision » […], autrement dit l’idée de réparation, de compensation […]) 2) le discours de Philadelphie de Barack Obama de 2008 (un discours de grande réconciliation […] « nous sommes tous frères, post-raciaux »). En réalité, nous utilisons tous la « race » comme convention normative et sociale. […] Et ce que nous disent les États-Unis, c’est que trop longtemps le mot « race » a été absent de la Constitution. Lorsqu’il est arrivé (comme un grand retour du refoulé), la seule façon d’éviter que ce soit synonyme de racisme (ou de discrimination) a été d’en parler. Et pour en parler, il faut bien avoir un mot. […] Le mot « race » a fait beaucoup de bien à la Constitution américaine lorsqu’il est apparu en 1865 (très tard). […] Il faut regarder les choses en face. […] Pas de métaphores, pas de périphrases. »

Eric Fassin : « Aujourd’hui les racistes ne parlent plus jamais de « race ». […] La « race » aujourd’hui n’est pas l’instrument dont se saisissent les racistes. Le racisme peut très bien passer par un discours sur la culture, sur l’inégalité des cultures, des civilisations. […] En revanche, le mot « race » est utilisé par un certain nombre d’anti-racistes (et bien sûr contesté par d’autres). […] Je pense que la question aujourd’hui est beaucoup plus celle des réparations. […] Si l’Histoire explique le présent, est-ce qu’il ne faudrait pas qu’il y ait une dette qui vient du passé et donc qu’il y ait la possibilité de réparation ? »

Catherine Clément : « Dans Race et histoire puis Race et culture de Lévi-Strauss, il y a une démonstration implacable que la race n’a aucun fondement scientifique. […] On a tendance à l’oublier. « Race » est un mot dangereux. Mais je voudrais faire un pas de côté et vous emmener en Inde où on a peu près toutes les contradictions dont on a parlées. […] La caste en Inde (qui est aussi exclusive que la race) a été abolie en 1950 par la Constitution. Ladite Constitution a été rédigée par le leader des Intouchables (qu’on appelait à l’époque les parias). […] Or, ça n’a pas du tout été la fin de la caste. Il y a eu un début d’« affirmative action » […] et on a inventé les « certificate caste » pour y avoir droit. […] Puis ça a abouti à l’enrichissement de ce qu’on appelait autrefois les parias […] lesquels sont en train de conquérir le pouvoir par la voie électorale. […] On ne voit pas du tout cela arriver en France et on ne le voit plus beaucoup en Amérique. »

Sons diffusés :

  • Discours de François Hollande à Reims le 8 mars 2012

  • Archive de France 24 du 10 mai 2013

  • Archive de Paul Yonnet dans « Culture Matin » le 3 février 1993

  • « Métèque et mat » interprété par Akhenaton

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 13.05.13 intitulée « Entretien avec Maxime Le Forestier », cliquez ici.

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