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Peut-on renoncer au pouvoir ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la sortie du livre Le Deuil du pouvoir : Essais sur l’abdication sous la direction d’Alain Boureau et Corinne Péneau (aux éditions Belles Lettres)

Avec :

Patrick BOUCHERON

Gérard MORDILLAT

Christophe PROCHASSON

Patrick Boucheron : « Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’abdication est un acte souverain. On n’est jamais autant souverain que lorsque justement on se défait de ce pouvoir. Ça, nos deux médiévistes cherchaient à le comprendre. (…) Or, l’actualité était incompréhensible si on ne se souvenait pas du Moyen-âge. Le 11 février 2013, lorsque Benoît XVI renonce au pouvoir, d’abord il y a une sorte de flottement et puis, on cherche un précédent (…) Or le précédent médiéval nous ramène à quelque chose de plus profond, qui est l’impensé du pouvoir. Peut-on renoncer au pouvoir ? En vérité, c’est une question de Modernes : dans une conception managériale du pouvoir, où nous avons simplement à occuper une position et à ne jamais lâcher prise, on ne peut pas comprendre. (…) En fait, c’est une incroyable manifestation d’orgueil. Et pour le comprendre, il faut évidemment nous dégager de cette conception managériale, où on serait au pouvoir pour y rester. Pour saisir l’impensé du pouvoir, il faut revenir à la théologie politique. »

Gérard Mordillat : « Pour moi, le grand exemple du renoncement au pouvoir, c’est en 285, avec l’empereur Dioclétien, empereur d’un immense empire et qui, atteint par l’âge et par le point du travail, va renoncer. Il va d’abord partager le pouvoir avec Maximien, un autre empereur, puis avec Galère et Constance Chlore. Il va y avoir une diffusion du pouvoir. (…) C’est intéressant de voir comment des hommes, qui ont un pouvoir immense, y renoncent (…). C’est différent de ceux qui sont poussés dehors comme Richard II par exemple est poussé à la démission. »

Christophe Prochasson : « C’est au fond une réflexion qui nous est proposée sur ce qu’est le pouvoir et le politique dans son ensemble (le politique comme lieu de la volonté pure). (…) De plus, dans la renonciation, on assiste à un retour de la personne par rapport à la fonction. Il y aurait deux corps : le corps éternel (de la fonction) et le corps incarné, immédiat, présent (de la personne). (…) Mais est-ce qu’il ne resterait pas tout de même un tout petit peu de théologie politique ? Est-ce qu’il n’y aurait pas « plus » que du simple management ? Je crois que le pouvoir de toute façon conserve une dimension sacrée, qui fait que cette abdication reste problématique. »

Sons diffusés :

  • Archive de la Reine Beatrix des Pays-Bas dans un reportage « Euronews » février 2013 et archive de Benoît XVI dans un reportage de « France 2 » du 11 février 2013

  • Extrait de Richard II de Shakespeare dans l’émission « Surpris par la nuit » du 4 février 2002

  • extrait du film «Habemus Papam » de Nanni Moretti avec Michel Piccoli

  • Archive de Jacques Le Brun dans l’émission « Les Lundis de l’histoire » du 11 juin 2009

  • Archive de Jacques Delors sur France 2, émission « Sept sur sept », 11 décembre 1994

  • « Quitte le pouvoir » interprété par Tiken Jah Fakoly

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 04.06.13 intitulée « La littérature à quel prix ? », cliquez ici.

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