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Philip Roth en décembre 1968

Philip Roth : "Némésis", la fin d'un cycle

27 min
À retrouver dans l'émission

Dans son dernier roman, Philip Roth explore l'impact d'une épidémie de poliomyélite dans une petite ville américaine. Peur, panique, colère, souffrance et peine dépeints avec justesse.

Philip Roth en décembre 1968
Philip Roth en décembre 1968 Crédits : Bob Peterson - Getty

Nous sommes en été 1944, à Newark, New Jersey, Etats-Unis. Les rues sont envahies par la chaleur. C'est l’histoire de Bucky Cantor, un jeune homme construit pour se battre. Contraint à rester en retrait des garnisons américaines de la Seconde Guerre mondiale à cause d'une terrible vue, il se cantonne à l'humble position d'animateur de terrains de jeux de son quartier. Se déclenche alors une épidémie de poliomyélite, contre laquelle il va devoir lutter. 

Némésis : la force du destin. Aussi, la déesse grecque qui administre un châtiment divin à la démesure, l'orgueil humains. C’est aussi le nom que l'auteur donne à sa femme dans l’un de ses premiers romans. 

Roth a vécu une vie très calme, et pourtant ses livres ne sont consacrés qu’à l’exploration des conflits internes ou externes qui frappent les personnages principaux. Roth se refuse à pratiquer la métaphore. Bucky Cantor se révèle porteur sain du virus de la poliomyélite, mais cela n’a rien à voir avec la métaphore sur l’antisémitisme ou la Shoah. C’est Bucky Cantor qui s’en prend à Dieu, et qui fait le lien entre la maladie, le mal dans le monde, et la situation en Europe le narrateur, lui, réfute cette association. La question est donc celle de savoir s’il y a un destin, ou si les choses se produisent par hasard, car le texte dit explicitement que la conception de la culpabilité de Bucky Cantor est le résultat d’une faiblesse d’âme. Le livre est plus porteur de la question de la responsabilité que de la culpabilité. Philippe Roth ne tranche pas. S’il est posé une question aux Juifs en Amérique, c’est de savoir comment ils doivent agir dans le monde. Marc Weitzmann

Ce roman a toutes les caractéristiques d’un roman beaucoup plus universel. Il a une portée de grand roman populaire, qui parle à tous. Les questions de virilité ou de lâcheté ne sont pas centrales, il s’agit plutôt d’interroger le positionnement et les réactions des humains face à un certain nombre de circonstances. Geneviève Breisac 

"Ce livre est très fort, il est magnifique. Une scène marquante se déroule dans un camp indien : il y a un investissement de tous. Les participants font une cérémonie, et autour du feu, il y a un rituel où une phrase ressort : « La malédiction vient de l’homme à la flèche  ». Or, Buck Cantor est lanceur de javelot. Il y a donc quelque chose qui concerne la culpabilité, comme dans toute grande œuvre littéraire. Le livre de Roth pose des questions à tout le monde." Geneviève Breisac 

La rencontre entre la forme et le contexte historique du récit est frappante. Sur la forme, ce livre ressemble beaucoup à une parabole biblique. On découvre une communauté juive de Newark qui a donné tous les signes de bonne intégration, et qui un jour se retrouve frappée. Le grand propos de ce livre, c’est la théodicée : l’homme qui interroge Dieu sur la cause de tous ces malheurs. Avec cette interrogation, Buck Cantor est très peu juif et très peu américain. Du point de vue du contexte historique, on est en 1944, en pleine guerre. C’est aussi l’année de l’invention du terme « génocid e ». La question de Roth, c’est de savoir jusqu’à quel point les Etats-Unis ont protégé cette diaspora juive aux EU, et quelle est la place de la culpabilité. Deux événements historiques le confirment : le faible intérêt des Juifs américains pour l’holocauste, et le fait que c’est la Shoah qui a suscité un intérêt américain pour la littérature juive américaine. Il s’agit donc de se demander quelle est la connexion qui s’établit avec l’Europe. Philip Roth dit être plus américain que juif quand il écrit. C’est une posture, qui le permet de donner un signe d’intégration. Or, l’enjeu dans ce roman est de concilier deux identités, juive et américaine, qui sont incompatibles. La question se pose dans le récit lorsque l’épidémie se déclenche, puisqu’on voit questionnée la capacité de l’Amérique à protéger ses citoyens. Sylvie Laurent

Sons diffusés : 

  • Extraits du documentaire Philip Roth, sans complexe  de William Karel et Livia Manera, diffusé sur Arte le 19 septembre 2012.
  • Lecture par Philip Roth de Némésis, (Man booker international prize , 2011).
  • "Shirt tail stomp " de Benny Goodman

Avec : 

  • Marc Weitzmann
  • Geneviève Brisac
  • Sylvie Laurent
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