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Polémique Maraval : quel est le juste prix de l’exception culturelle ?

27 min
À retrouver dans l'émission

Autour de la polémique lancée par Vincent Maraval, auteur de la chronique "Les acteurs français sont trop payés!" publiée dans Le Monde du 28 décembre 2012.

Avec Alain KRUGER , Marc WEITZMANN et Gérard MORDILLAT .

Alain Kruger : « On a en France un système de financement du cinéma que le monde entier nous envie. C’est l’argent du cinéma qui revient au cinéma, et qui permet à chacun d’y trouver son compte. Le cachet des stars est élevé, oui, quand les films ne marchent pas, mais si Jean Dujardin demande beaucoup d’argent et qu’il les vaut, pourquoi lui refuser ? On ne peut savoir à l’avance ce qui va marcher ou non. De plus, aujourd’hui, la commission européenne livre une guerre scandaleuse au cinéma français, sans doute sous l’influence des lobbies américains, qui espèrent détruire l’exception culturelle française.

Il y a un cinéma presque gratuit aujourd’hui. Quand Gérard Depardieu fait Mammuth , il ne prend pas de cachet sur le film parce qu’il a envie de le faire. Les beaux projets donnent envie aux acteurs de faire les films. Il faut les faire rêver ! On est dans une économie de marché étrange, mais elle n’empêche pas aux acteurs de demander beaucoup d’argent pour tel film financé par TF1, pour faire gratuitement ceux qui les intéressent. »

Gérard Mordillat : « L’industrie cinématographique américaine essaie de ruiner le système français, le seul qui reste en Europe. Elle bénéficie d’appuis solides en Allemagne, en Angleterre ou aux Pays-Bas, au nom du libéralisme américain.

Il faut arrêter de dire que le cinéma français est subventionné. L’avance sur recettes est, comme son nom l’indique, une avance qui doit être remboursée par les producteurs. Le fonds de soutien est quant à lui de l’argent en provenance des salles qui revient au cinéma pour financer de nouveaux films. Cet argent est investi parce qu’il rapporte : il n’est pas investi à perte. La seule chose qui peut surprendre, c’est que ça ne marche pas, car tout est fait pour qu’il y ait le plus grand succès possible. La polémique concerne donc une toute petite minorité d’acteurs.

Plafonner les cachets des quelques acteurs qui touchent des sommes phénoménales est ridicule. La plupart des acteurs français vivent modestement. Le cinéma français est à l’étranger sous la coupe du Ministère des affaires étrangères, alors qu’il devrait être sous la tutelle du Ministère du commerce extérieur. La capacité de promotion et de vente d’un film est, aux Etats-Unis, supérieur au budget du film lui-même… ce n’est pas du tout le cas en France ! Et puis, peu importe le salaire, si cela crée de grandes œuvres.

Les chaînes de télévision détestent le cinéma, parce que ça coûte plus cher et ça fait moins d’audience que les productions propres aux chaînes. Patrick Le Lay a déclaré en son temps que s’il n’y avait été obligé par la loi, il n’aurait pas investi un centime dans le cinéma ! »

Marc Weitzmann : « Le système de soutien au cinéma mis en place dans les années 1980 s’appuie sur l’investissement des chaînes de télévision. Or, celles-ci ne raisonnent plus comme il y a trente ans, parce qu’elles ont maintenant intérêt, quand elles diffusent un film, à diffuser un événement, pour le rentabiliser au moment de sa diffusion. D’où l’intérêt des grandes stars, dont le cachet est parfois défini avant que soit fixé le budget du film. C’est l’une des dérives du système d’aide, qui connaît désormais un problème structurel. Dès qu’il y a politique étatique dans la culture, on risque des dérives. C’est presque inévitable, d’ailleurs, on peut souligner le silence assourdissant du Ministère de la Culture.

Les chaînes ne sont qu’un problème. Il y a aussi la question des produits bancaires qui aident la production des films, et qui sont fragilisés en tant que niche fiscale. Il s’est mis en place après 1981 une politique culturelle ambitieuse avec Jack Lang qui ont pérennisé un système. Aujourd’hui, les choses ont changé, et on cherche quelqu’un qui pourrait faire ce qu’a fait Jack Lang à l’époque, c’est-à-dire penser la culture dans le monde d’aujourd’hui. Le problème qui se pose, c’est qu’on est dans un contexte de crise, et dans le cadre d’un gouvernement qui est sans doute le moins intéressé par la culture depuis quarante ans. »

Sons diffusés :

  • Bande annonce du film Stars 80 .

  • Eric Garandeau dans le 7/9 de France Inter le 3 janvier 2013.

  • M, « Cinématographe ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 4 janvier intitulée « Rencontre entre Frédéric Boyer et Brigitte Lesne », cliquez ici.

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