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Portrait de l’Angleterre contemporaine

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du livre Lionel Asbo : L’état de l’Angleterre de Martin Amis (éditions Gallimard)

Avec :

Sylvie LAURENT

Marc WEITZMANN

Antonio CASILLI

Sylvie Laurent : « On peut approcher ce roman avec une double perspective : celle de l’histoire immédiate et celle du temps long. L’histoire immédiate, c’est que Martin Amis a écrit ce livre au lendemain des émeutes d’août 2011, qui ont secoué les grandes villes de Grande-Bretagne pendant plus de trois jours et qui ont profondément bouleversé les Anglais, les spectateurs de cette jeunesse qui subitement s’est mise à mettre le feu. […] Le temps long, c’est une nouvelle incarnation de l’obsession britannique pour les classes sociales et en particulier pour son prolétariat. […] Et l’endroit où l’on voit tout ça, c’est dans ce qu’on appelle la « presse de caniveau » ou la presse tabloïd, qui est l’arrière-plan très important de ce roman. […] Il y a une fascination du public britannique pour cette monstration, cette mise en scène, ce récit, dans cette presse, qui raconte les outrances, les choses extraordinairement triviales, vulgaires, racoleuses de ce monde du peuple. Et qui achète cette presse-là ? Les classes populaires mais aussi une petite classe moyenne. »

Antonio Casilli : « Ce qui est intriguant, c’est qu’il y a dans ce livre une tentative de reformulation sociale de cette catégorie des Asbo […] Ces comportements finissent par former un groupe social, et ce groupe social est diabolisé par Martin Amis. Cela s’inscrit dans le sillage d’une tradition littéraire anglaise, celle de la méconnaissance des aspects positifs de ce monde des classes populaires. […] En fait, on tombe très vite dans une question qui à mon avis est centrale : le fait que la culture anglaise a été un berceau de « subcultures » - une spécificité de groupes sociaux qui développent leur propre culture, laquelle culture se traduit par un style vestimentaire ou l’emploi d’un certain jargon. […] Martin Amis fait un travail de gommage et de diabolisation de tout aspect qui pourrait être caractéristique d’une culture des classes populaires anglaises. »

Marc Weitzmann : « La culture populaire est devenue la décharge publique de la culture de masse, si je puis dire. […] Martin Amis a une position en effet de satiriste. C’est la technique qu’on retrouve dans tous ses livres. Il est avant tout un grand satiriste. Or, la limite c’est la caricature appliquée à un univers caricatural en soi. Ça finit par devenir redondant. […] Comment fait-on pour montrer cet univers-là sans tomber dans l’extrême caricature et sans tomber aussi dans la solidarité idéologique systématique ? C’est très difficile. […] Martin Amis a été étiqueté « néoconservateur » anglais depuis 11 septembre, pour avoir creusé la société anglaise. »

Sons diffusés :

  • Archive de Ken Loach à « La Grande Table » du 26.06.13 (traduction réalisée par Eve Dayre)

  • Archive de Martin Amis sur AllanGregg.tvo.org 2013

  • « Stay Positive » interprété par The Streets

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 28.05.13 intitulée « Jean-Claude Ellena et Olivier Roellinger », cliquez ici.

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