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Que reste-t-il de la bohème ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'exposition Bohèmes au Grand Palais, du 26 septembre 2012 au 14 janvier 2013.

Avec :

Patrick ROEGIERS

Pascal ORY

Philippe MANGEOT

Patrick Roegiers : « Je ne savais du tout ce que j’allais voir, et j’ai été conquis dès le premier pas. L’exposition circonscrit magnifiquement une thématique plastique. Elle montre que sur cinq siècles, la bohème a été traitée par une multiplicité d’artistes dans une multiplicité de styles et de courants, et qu’elle devient une thématique bourgeoise quand le 19ème siècle prend la primauté dans la gestion du patrimoine artistique. Cette bohème cesse avec la Deuxième Guerre mondiale, et le concept de l’artiste bohème créant dans la souffrance et le refus du monde, n’a plus cours aujourd’hui. Je n’ai pas lu cette exposition comme une thèse ou un essai théorique. J’ai aimé la volonté de prendre la bohème au pied de la lettre, avec des éléments emblématiques comme poil, le bistrot, ou encore les godillots qui ont une longue histoire dans l’identité de la peinture. »

Philippe Mangeot : « Cette exposition une proposition théorique qui permet de penser la question des Roms, ou celle de la précarité artistique. Faire ré-entendre le mot « bohémien » derrière le mot « bohème » est un enjeu esthétique, sociologique et politique. Mais la scénographie est un désamorçage politique : les puissances subversives de l’imaginaire ou la question de la précarité des artistes sont rabattus sur l’imagerie la plus plate et fétichiste, ce qui en fait une exposition bourgeoise sur les objets même de la haine des bourgeois. De plus, il aurait été intéressant de montrer la haine que suscite l’alliance subversive des artistes et des bohémiens. Enfin, finir l’exposition sur la date de 1937, avec l’alliance opérée entre les artistes « dégénérés » et les Roms par les nazis interdit de penser les configurations actuelles de cette alliance : cette exposition permet mal de penser ce qu’il en est aujourd’hui, alors que le mode de vie de l’artiste est menacé.

Pascal Ory : J’apprécie moi aussi cette exposition « à thèse », mais je ne la partage pas. Ce qui est gênant, c’est que l’analyse de la construction du mythe ne remonte pas plus haut que le 19ème siècle. A l’inverse, on aurait aussi pu aller jusqu’au phénomène des squats, qui s’embourgeoisent très souvent. La fin, d’un point de vue éthique, est insupportable. A partir du glissement de sens du terme « bohémien », on fait intervenir quelque chose de très lourd. Une exposition sur la représentation des Roms serait passionnante, mais le mélange des deux éléments, bohème et Roms, n’est pas convaincant.

Sons diffusés :

  • Mouloudji, « Mon pote le gitan ».

  • André Wilms et Jean-Pierre Léaud dans La vie de bohème , film de Aki Kaurismäki.

  • Puccini, La Bohème , acte 2, Air de musette.

  • Bourvil et Georges Guetary, « La vie de bohème ».

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