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Que reste-t-il du mouvement Occupy Wall Street ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du livre de Noam Chomsky, Occupy (Editions de l'Herne, 2013).

Avec : François CUSSET Sylvie LAURENT Antonio CASILLI
François CUSSET : « Chomsky assimile un peu vite l’assimilation des bonnes idées à des changements effectifs. Il manque aussi la spécificité du mouvement et du coup ne rend pas compte de ses limites, il refuse de voir ce qu’il a de singulier, démographiquement, culturellement, sociologiquement. La question est : comment on pérennise une lutte qui relevait au départ de l’événement ? Comment dépasser la critique anti capitaliste bien pensante ? Ces questions sont tout aussi valables pour les cousins européens.

[…] Un jugement moral n’est pas performatif. Il peut créer un mouvement d’opinion, mais il faut faire la différence entre le mot énonciation et le mot occupation, qui est plus intéressant politiquement et tactiquement. Occuper l’espace public, très privatisé aux Etats-Unis, est une proposition intéressante car radicale mais l’occupation effective n’a pas duré plus de trois ou quatre mois. On pourra se réjouir à l’infini des effets moraux, l’important est tactique, il relève de l’occupation, de la lutte beaucoup plus que du commentaire. »

Sylvie LAURENT : « Une rhétorique anti capitaliste consensuelle… ? Je ne crois pas. Aux Etats-Unis il n’y a pas de consensus sur la critique anti-capitaliste. Comprendre c’est énoncer et une des grandes vertus de Occupy c’est cette nouvelle énonciation. Aujourd’hui, si on lit la littérature universitaire extrêmement pointue, il y a des dizaines d’ouvrages qui montrent que le système capitaliste est arrivé à une conjonction très particulière où 1% de la pop peut maitriser 25% des richesses. Le système de défiance n’est plus le lot des étudiants contestataires, mais celui des politiques, des sociologues les plus pointus qui sont obligés de se rendre à cette réalité.

[…] Je comprends qu’on puisse rapprocher ces deux mouvements Tea Party et Occupy : ce sont deux mouvements spontanés que l’on dit grass roots de gens qui condamnent un système démocratiques qui ne les représente pas, qui révèlent une crispation de la classe moyenne vis-à-vis de la crise. Par ailleurs, je pense que ça n’a strictement n’a rien à voir. Tea party c’est l’émanation soit disant populaire, d’un certain nombre d’hommes, âgés dont le niveau de vie est plutôt supérieur à la moyenne, éduqués, qui considèrent que l’élection de Barack Obama est une menace absolue. C’est l’émanation spectaculaire des gens qui ont gagné, qui réclament la suppression des impôts, refusent l’intervention de l’Etat. Ces gens ont le pouvoir. Ca n’a rien à voir avec le mouvement OWS : des chômeurs en fin de droit, étudiants précaires.

[…] Ce que Noam Chomsky propose c’est une sortie du discours qui dit qu’il n’y a pas d’alternatives. Chomsky propose l’autogestion des usines, la préoccupation écologique, la réforme des partis politiques et ce n’est pas du tout fumeux. »

Antonio CASILLI : « Cet ouvrage est en réalité très intéressant car il resitue Occupy dans le contexte américain et en même temps il faut aussi s’interroger sur la cartographie de l’année 2011. Chacun de ces mouvements sont enracinés dans des réalités, des histoires politiques d’un pays, d’une nation. J’aurais aimé qu’il interroge le positionnement d’Occupy par rapport à un mouvement qui l’a précédé Tea Party, et notamment sur la question de l’horizontalité, de l’absence de leadership.

[…] Quel est l’attracteur politique de ce mouvement ? C’est des mouvements qui proposent une certaine déontologie du politique, une certaine manière de faire du politique, de créer de la subjectivité politique et qui, par exemple, passe des mots d’ordre comme ‘’absence de leadership’’. »

Sons diffusés :

  • Reportage lemonde.fr « Occupy Wall Street, oubliés à 99% », à regarder ici.

  • Christophe Aguiton, au Grain à moudre le 26/10/2011.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 11/02/2013 intitulée « Rencontre entre Claire Diterzi et Dom La Nena », cliquez ici.

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