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Quel avenir après l'apocalypse ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du livre de Michaël FOESSEL, Après la fin du monde (Seuil) .

Avec :

- Michaël FOESSEL

- Tobie NATHAN

- Mathieu POTTE-BONNEVILLE

Michaël Foessel : Notre siècle commence par un cataclysme : le 11 septembre. Dans les domaines de l’écologie, de l’économie, l’idée de catastrophe apparaît comme un horizon possible pour l’humanité. Aujourd’hui, cette apocalypse est sans Dieu, sans horizon, sans possibilité de salut. Ce qu’il faut regarder, ce sont les implications politiques de cette vision : le monde, menacé de disparaître, est un monde à préserver. On renonce donc à le transformer. Mais ce n’est peut-être pas la première fois que l’occident est confronté à l’effondrement des hiérarchies traditionnelles. Le monde moderne est né de la disparition d’un certain ordre du monde. L’idée de progrès a ainsi été introduite pour consoler les hommes de la disparition des anciennes hiérarchies, de l’ancienne idée de cosmos : il souligne que l’avenir, même s’il paraît incertain ou dangereux, mérite d’être considéré de manière positive. Le vrai problème aujourd’hui est moins l’idée de la fin du monde que le phénomène de « perte en monde », qui correspond à l’incapacité de se rapporter à un horizon autrement que sous la forme de ce qui nous menace.

Sur l’aspect religieux, la question de la fin du monde est intéressante, parce qu’elle inscrit dans un délai, dans une certaine urgence. Il s’agit de retarder la fin du monde. Aujourd’hui, cela produit le sentiment d’une urgence, qui in fine oppose les inconscients, qui sont promoteurs de la catastrophe, et les experts, qui ont une solution pour nous sauver. Il peut y avoir d’autres manières d’aborder le présent et l’avenir que sous cette forme binaire : on a intérêt à produire du possible. Une formule que j’aime beaucoup le résume bien : Fiat justitia pereat mundus (Que la justice soit, même si le monde devait en périr). Elle est difficilement audible aujourd’hui.

Mathieu Potte-Bonneville : J’ai trouvé ce livre extrêmement riche. Son premier mérite est de réinscrire l’affect contemporain dans une histoire de long terme : la modernité a été associée très tôt au thème de l’apocalypse, et elle a peut-être développé un certain nombre de ressources intellectuelles qu’il serait possible de réactiver pour surmonter le désespoir ambiant. Par exemple, plutôt que de parler de l’effectivité des problèmes écologiques, mieux vaut montrer que la grille de lecture apocalyptique n’est peut-être pas la meilleure pour penser les problèmes actuels. Le livre contourne le problème de savoir pourquoi ce thème revient aujourd’hui. Une première réponse est d’invoquer l’apparition de menaces mondiales. Cette affaire de fin du monde est liée au motif de la fin de l’histoire de Fukuyama, qui signifie la fin de l’idée de progrès avec l’achèvement de l’affrontement des Blocs autour de deux conceptions antagoniques des fins de la dynamique historique.

La question de savoir si la fin du monde est mondiale est pertinente. Ce n’est plus seulement une affaire européenne. Par conséquent, est-il bien raisonnable de s’appuyer l’Europe pour penser cette question ? Ne faudrait-il pas la « provincialiser » ?

Les questions écologiques contemporaines ne sont pas forcément liées à l’idée de fin du monde. La question n’est pas de savoir si l’humanité va cesser de vivre, mais plutôt de constater qu’elle va vivre beaucoup moins bien. Plutôt que d’opposer à l’écologie contemporaine l’idée que sans l’Homme, le monde ne va pas cesser de tourner, il faudrait se demander comment on a envie qu’il tourne. Cette question du « Comment vit-on ? » revient sous ce motif obsédant de la fin du monde.

Tobie Nathan : La question de la fin du monde est franco-allemande, alors qu’ailleurs dans le monde, elle est également très présente. Depuis la Révolution Française, les Allemands reprochent aux Français d’avoir fait la révolution, et ces derniers reprochent aux premiers de l’avoir pensée. C’est une discussion franco-allemande dans laquelle la référence à Hannah Arendt est très visible. Arendt décrit un monde qui a perdu ses qualités de monde. Elle montre que les survivants de la Shoah ont eu une expérience de fin du monde. Moi qui les ai vus après, je peux dire qu’ils n’ont pas vécu cela comme une fin du monde, mais comme une introduction à un nouveau monde. Ils ont participé à un univers qu’ils étaient les seuls à connaître, et qu’ils partageaient entre eux.

Avec l’écologie, on introduit un nouveau personnage avec lequel il va falloir négocier. Cet être, c’est la Terre : que nous dit-elle ? qu’exige-t-elle ? On est obligé de négocier quelque chose de nouveau avec un nouvel être. La fin du monde, c’est l’introduction à un monde nouveau.

Sons diffusés :

  • Ulrich Bech, 4 mai 2012.

  • REM, « It’s the end of the world as we know it and I feel fine ».

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