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Quel avenir pour les sciences sociales françaises ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'ouvrage en trois volumes, Faire des sciences sociales, publié par l'EHESS.

Avec :

- Christophe PROCHASSON

- Sylvie LAURENT

- Myriam MARZOUKI

Christophe Prochasson : « Il y a une actualité de réflexion autour des sciences humaines, marquée par une crainte du déclin français. On le voir par exemple avec le recul de la part des étudiants étrangers dans les pôles de sciences humaines et sociales français. Le constat est sombre lorsqu’on s’en tient à une approche quantitative, et les trois volumes qui nous intéressent aujourd’hui viennent le nuancer. Les auteurs de ces volumes croient en l’unité des sciences humaines autour de l’objectif d’éclairer le monde contemporain. On entend souvent dire que les sciences humaines et sociales françaises sont sorties de l’âge d’or où elles étaient écrites par des auteurs comme Bourdieu, Foucault ou Lévi-Strauss. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On a l’impression que les sciences sociales se sont un peu repliées sur elles-mêmes, avec la disparition de grands paradigmes comme le structuralisme ou le marxisme, qui permettaient d’y voir clair. Aujourd’hui, la complexité l’a emporté sur ce travail de simplification, de lecture du monde. Ces ouvrages nous montrent ce que fait la troisième génération des sciences humaines, comment elle prend en charge la complexité du monde et s’ouvre sur le monde là où on s’intéressait auparavant à l’espace national.

Pour que la critique sociale ait une utilité au-delà du périmètre scientifique, il faut que les textes soient accessibles. On reproche souvent aux sciences sociales de ne servir à rien, d’être inutilement jargonnantes. Les chercheurs eux-mêmes se protègent en se renfermant sur un pré carré scientifique et en se réfugiant dans un langage abscons. Il y a une vitalité des sciences humaines, mais aussi une frilosité par rapport au monde social. L’attention à l’écriture et au mode de communication n’est pas suffisante. Communiquer le savoir est presque un métier.

Il n’y a pas une bonne façon de faire des sciences sociales. Ce qu’on peut apprécier aujourd’hui, c’est l’ouverture théorique et épistémologique de la nouvelle génération. Il y a un épouvantail qui est l’expertise : il ne faut pas donner des réponses simples aux problèmes. Et puis, notons un autre problème qui touche à l’histoire de l’engagement et au fait d’avoir soumis la science à des passions politiques : les sciences sociales doivent trouver leur autonomie, ce qui ne veut pas dire qu’elles doivent être dépourvues d’idées. »

Sylvie Laurent : « S’il n’y a plus de grand paradigme officiellement, il y aujourd’hui le discours de l’économie qui tantalise les autres disciplines. Les sciences humaines, en France, n’ont à mon avis jamais renoncé à l’idée de la critique sociale : discuter l’arbitraire des conventions sociales est dans cette perspective l’objet même des sciences sociales. Il y a aujourd’hui des hétérodoxes, qui interrogent les relations de pouvoir dans la société, et c’est ce qui fait l’originalité des sciences sociales à la française. On le trouve chez les sociologues, chez les philosophes. Les chercheurs français en économie interrogent la discipline.

Le fait de raconter une histoire, fût-elle une histoire de passion et d’engagement personnel, est une manière d’engager le lecteur. Cela ne fait pas pour autant une science dont on se méfie, une Histoire sujette à caution. Dire que la passion, que l’engagement, sont à l’origine d’une certaine façon de faire des sciences sociales est une manière d’associer un lectorat. »

Myriam Marzouki : « La logique éditoriale et intellectuelle est intéressante, parce qu’elle interroge le verbe « faire ». On a quelque chose qui ressemble à un manifeste en actes avec les verbes qui donnent leur nom aux trois volumes : critiquer, comparer, généraliser. Cette approche ne sépare pas les disciplines : chaque volume réunit des contributions venant de champs distincts. C’est une manière de montrer que l’interdisciplinarité met en évidence une manière commune de faire. Dans les introductions de chacun des volumes, on sent une conscience entre deux pôles : d’un côté, l’affirmation qu’il y a une irréductibilité de chaque travail de recherche, et de l’autre, la conscience que l’enjeu véritable des sciences sociales est d’éclairer le champ social. Si ces trois livres peuvent constituer des manuels, malheureusement, il semble que l’enseignement sépare encore beaucoup les disciplines.

Faire des sciences sociales, c’est aussi produire et diffuser un savoir. Aujourd’hui, pour un jeune chercheur, la question est de savoir dans quelles conditions il va pouvoir mener sa recherche. Or, la logique est entrepreneuriale : les chercheurs sont dans une logique où il faut produire un savoir, et ils manquent de formation pour cela. »

Sons diffusés :

  • Eric Hobsbawm dans A voix nue , le 1er octobre 2012.
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