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Quelle sexualité la société permet-elle aux handicapés ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la sortie du film "The Sessions" de Ben Lewin (2013).

Avec : Eric FASSIN Tobie NATHAN Michela MARZANO
Eric FASSIN : « C’est un sujet qui a reçu un prix du public. Ce n’est pas misérabiliste. D’abord plein d’humour, c’est le personnage handicapé qui parle, comme le récit qu’il écrivit en 1990. Ce ne sont pas des objets mais des sujets. La question posée est celle de la sexualité en générale. Il y a une éducation sexuelle qui est celle de tous les personnages, elle s’accompagne d’une éducation sentimentale. Au fond si la sexualité peut aussi passer par un métier, alors serait-ce de la prostitution ? Le film nous dit que pas tout à fait. Il y a certes une circulation d’argent, mais comme dans le mariage. Il y a finalement un continuum, des degrés différents. Il n’y a pas un amour en dehors de tout rapport économique. A partir du handicap, le film nous propose une réflexion autour de la sexualité en général. Il ne concerne pas simplement une minorité mais pose une question qui interroge la sexualité de tout le monde.

[…] L’avis du Comité d’Ethique est révélateur de l’hypocrisie de notre société : il n’y aurait aucun devoir de la part de la société sinon de faciliter les rencontres entre handicapés. Or l’Etat s’en mêle déjà puisqu’il menace de poursuites pour proxénétisme. Il interroge la prostitution, le mariage, la gestation pour autrui : y aurait-il une gratuité pure et sinon quelles conséquences en tirer. Qu’est-ce que signifie perdre sa virginité, mais finalement la question de la sexualité est plus complexe (pluralité des actes sexuels, il y différents personnages féminins qui accompagnent cette acte dans une pluralité de liens affectifs). L’interrogation sur la sexualité passe aussi par ses frontières : est-ce seulement la pénétration où y a-t-il toute une gamme ? Cette question hante tout le filme.

[…] Si ce fantasme a une certaine réalité, il me semble que c’est aussi parce que Mark O’Brien s’intéresse aux femmes et à la sexualité. Il regarde la sexualité différemment et du coup le spectateur la voit différemment. Nous avons tous et toutes l’habitude de voir des scènes de sexes au cinéma, mais jamais comme dans The Sessions . On se demande constamment quel sens on va pouvoir lui donner. »

Tobie NATHAN : « Le film est avant tout romantique. Il pose aussi la question du besoin, du désir et du droit. C’est une vieille question qu’évoquait déjà Charles Fourier en 1808, en disant qu’il faut satisfaire la sexualité de tout le monde et il plaide pour un service sexuel public qui n’a rien à voir avec la prostitution. Il y aurait une sorte de solidarité sexuelle. Tant qu’elle était posée à partir de la liberté, elle n’accrochait pas. Depuis qu’on la pose à partir des handicapés et de leurs droits, l’impact sur la société est tout à fait différent.

[…] Cette histoire de marchandisation des corps peut s’étendre à plein de choses. Mais qu’est-ce qui fait que cet homme rend les femmes amoureuses de lui ? Trois de ses organes fonctionnent (le cerveau, les yeux et le sexe), c’est comme dans un rêve paradoxal. Je pense que cette fascination provient de ça : cet homme est un rêve vivant. »

Michela MARZANO : « La chose qui touche dans ce film c’est qu’à partir d’un cas concret nous sommes nous-mêmes touchés. Comment caractériser cette façon de distinguer une relation sexuelle désintéressé et celle avec un intérêt ? Qu’est-ce que nous cherchons à satisfaire ? L’intérêt est omniprésent et il est transversal. A force de trop vouloir cloisonner le sujet, on ne voit pas les vraies questions.

[…] Le fait de ne pas montrer limpidement ce qu’est la sexualité c’est renvoyer à son mystère. Chez cet homme, on tombe amoureux de la faille avant tout. Il suscite le désir de réparer quelque chose, que ce soit chez l’autre ou chez soi. »

Sons diffusés :

  • Bande annonce du film « The Sessions » (2013)

  • Extrait du film « The Session » (2013)

  • The Black Keys – « Lonely Boy »

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 12 mars 2013 intitulée « Rencontre entre Talila et Jean Rouaud », cliquez ici.

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