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Quelle ville les artistes d'aujourd'hui imaginent-ils ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'exposition " La Ville magique" au LaM de Lille.

Avec :

- Philippe TRETIACK

- Alain BUBLEX

- Patrick BOUCHAIN

Philippe Tretiack : « Cette exposition, qui essaie de montrer comment les artistes de l’entre-deux-guerres voient la ville, propose une vision très occidentalo-centrée. Elle est structurée autour de quatre thèmes : « La ville verticale » qui décrit la découverte par les artistes du gratte-ciel, « La ville collage » sur la ville comme espace cinématographique et porteur de catastrophe, « Quand la ville dort » centré sur l’image du détective, « Le théâtre de l’inconscient » autour des productions des artistes surréalistes. On voit des œuvres qu’on n’avait jamais vues et qui illustrent les différences artistiques par rapport à aujourd’hui. A l’époque, la ville concentre et attire les foules, et les artistes sont enthousiasmés et fascinés par la façon dont les urbains entrent dans les villes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. De même, les artistes mettaient beaucoup en scène la ville nocturne, ce qui est assez peu le cas aujourd’hui.

La ville est-elle perçue négativement aujourd’hui ? Depuis quelques années, on voit le corps être l’objet même du travail des artistes à travers les happenings. Depuis 20 ans, le corps urbain est celui qui concentre nos angoisses. Mais pour les Chinois, l’espace urbain en train de se créer n’est pas démoniaque : ce n’est pas un lieu de violence, de pollution ou de perte des repères. La bande dessinée a été quasiment à 100% un art dans lequel la ville était détruite de façon catastrophique. Les choses changent aujourd’hui, comme le montre le manga Mangapolis . »

Alain Bublex : Ce qui me frappe dans cette exposition, c’est l’idée que l’enthousiasme pour la ville, marqué par la sédentarité, prend fin autour d’une idée d’autodestruction de la ville, avec la guerre. En fait, je pense que cet enthousiasme se termine avec la génération qui, à la suite de Kerouac, va quitter les villes et faire du mouvement un élément important.

Il ne faut pas faire l’amalgame entre la ville et l’architecture. Beaucoup d’artistes travaillent sur l’architecture, mais peu d’entre eux travaillent sur la ville en tant que telle. Un bâtiment, c’est toujours une idée qui prend forme dans le réel. Une ville, c’est un réservoir d’idées inachevées ou jamais menées à leur terme. On le voit par exemple à Paris, où la dalle de La Défense s’arrête brusquement sur le cimetière de Nanterre, attendant d’être prolongée. La ville est aussi un réservoir d’idées qui demandent à être activées. Il y a un autre versant du travail artistique, au-delà du travail des artistes dans les musées. Il faut penser au travail des artistes dans la rue même, sur les bâtiments, qui prennent la ville comme un terrain d’expérimentation. Ce sont à la fois des œuvres graphiques qui surimpressionnent sur les murs des villes de nouvelles images, mais qui sont aussi porteurs de pratiques nouvelles. »

Patrick Bouchain : « Aujourd’hui, on peut avoir peur de la ville, mais essayez de vivre ailleurs ! La question est de savoir comment on peut être dans la multitude sans être isolé. Les artistes ont eu une vision qui préparait cette dislocation de la ville, représentée comme harmonieuse de la Renaissance au 20ème siècle. Cette dislocation intervient alors qu’on assiste à la constitution d’une ville démocratique, gérée par des élus, par une collectivité qui n’a pas encore trouvé le mode de production de sa ville.

Il ne faut pas croire que la ville est simplement une ville-centre avec sa banlieue. C’est plutôt un territoire, aménagé, urbanisé. On parle de Paris, mais il faut voir ce qui se passe ailleurs : aujourd’hui, la grande expérience urbaine est en région. Si on prend le cas de Lille, elle a été capitale européenne de la culture, et la culture est au centre de sa transformation. Il s’agit de créer des œuvres d’art public. »

Sons diffusés :

  • Extrait du documentaire La France dans vingt ans , ORTF, 16 septembre 1965.

  • François Schuitten et Benoît Peeters, interview de 2011.

  • Keren Ann, « Dans ma ville ».

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