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Quels nouveaux outils pour repenser l'écologie politique ?

27 min
À retrouver dans l'émission

En écho à la contestation du projet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ; à partir de l'ouvrage L'écologie politique dirigé par Emilie Hache (Editions Amsterdam), et du numéro 8 de la Revue des Livres, "Penser et agir en tant qu'espèce".

Mathieu Potte-Bonneville : « L’exemple de Notre-Dame-des-Landes montre qu’on ne peut réduire l’opposition à un conflit entre socialistes soucieux du progrès humain et écologistes soucieux de la nature. La thèse de l’ouvrage d’Emilie Hache est que l’écologie se construit aujourd’hui contre l’idée selon laquelle elle serait dédiée à la défense de la nature. Le livre montre qu’une large part de la réflexion écologique contemporaine s’est construite contre l’idée de la seule défense de la nature : il y a quelque chose de politique, on ne peut donc opposer la nature et les enjeux sociaux.

Luc ferry oppose environnementalistes et radicaux à propos du mouvement écologique, et il identifie la position radicale comme une volonté d’arrêt. L’écologie radicale prétendrait interrompre le mouvement de l’histoire. Or, on découvre dans ce livre qu’il n’en est rien. L’écologie politique est traversée par l’idée que la nature n’existe pas hors de l’histoire. Le « wild » est toujours travaillé par les hommes. Le motif du droit à la ville, c’est la reconnaissance de ce que les villes sont des milieux écologiques, et qu’il faut s’en emparer. Ce livre a l’avantage de reconduire les mêmes oppositions, les mêmes schémas.

Les propositions théoriques de ce texte rompent avec la doxa. Si tout le monde est devenu écologiste, alors le discours écologiste est noyé. La question est de savoir quoi faire de tout ce savoir. »

Myriam Marzouki : « L’intérêt principal de cette anthologie est de montrer que le débat en France est simpliste et obsolète. Quand Claude Allègre, à propos du gaz de schiste, dit : « S’il faut choisir entre la nature et les hommes, je choisis les hommes », il illustre l’aspect caricatural de l’opposition. On voit en fait que la notion de nature est travaillée de l’intérieur, qu’il s’agit d’une construction. Aujourd’hui, le véritable enjeu est de défendre une nouvelle articulation entre humains et non-humains. On voit au travail dans l’écologie politique une nouvelle articulation conceptuelle de la nature, à partir du concept de genre, de race, de classe.

Cette recontextualisation montre comment s’articule une nouvelle pensée théorique et de nouveaux combats militants. Aujourd’hui, l’enjeu démocratique est que les citoyens puissent se réapproprier l’expertise écologique. Les opposants à Notre-Dame-des-Landes l’illustrent : l’engagement citoyen vise à soutenir, sur la base d’une connaissance – celle des rapports d’expertise – une nouvelle conception de l’écologie.

Cette articulation nouvelle qui nous est donnée à penser est sans doute le nœud à partir duquel il faut creuser des propositions. Une doxa veut que notre époque soit consciente des problèmes écologiques. Mais dès le 18ème siècle, il y a eu une conscience environnementale. Ce sont des coups de force politiques qui ont fait qu’à un moment on a choisi plutôt telle voie ou telle voie, par exemple au moment où on a choisi le pétrole. Réfléchir sur l’écologie politique, c’est rendre visible des combats passés. »

Pascal Ory : « Le centre du débat est plutôt dans la culture anglo-saxonne, et a un peu échappé à la France. Mais, la question de société a été posée, dès les années 1970 avec le Ministère de l’Environnement.

Emilie Hache fait une anthologie à thèse : elle a une position critique de la critique écologiste. On retrouve un certain nombre de textes souhaitant réintégrer la réflexion sur la ville, sur l’hypothèse « Gaia » intégrant le vivant dans une réflexion politique. La parole est donnée à des intellectuels qui parlent de l’environnementalisme des riches : or, il y a aussi un environnementalisme dans les pays dits du Sud.

Emilie Hache revient sur l’étymologie du verbe « expérimenter » : le terme est lié à l’espérance. C’est une manière active d’espérer. On sait qu’aujourd’hui, parmi les réserves écologiques les plus remarquables, il y a les bords d’autoroute ! On peut ainsi espérer qu’on pourra trouver des solutions dans le mouvement. »

Sons diffusés :

  • Reportage iTele sur Notre-Dame-des-Landes, le 17 novembre 2012.

  • Extrait : Luc Ferry dans Les Grandes Traversées , le 10 août 2007.

  • « L’effet papillon », de Bénabar.

Avec :

- Mathieu POTTE-BONNEVILLE

- Myriam MARZOUKI

- Pascal ORY

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