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A quoi servent les filières littéraires ?

27 min
À retrouver dans l'émission

Avec :

Magali REGHEZZA

Philippe MANGEOT

Marin de VIRY

Magali REGHEZZA : « C’est la saison des résultats du bac et des admissions dans les différents cursus universitaires. Arrive tout de suite la question : dans quelle filière s’orienter ? Et c’est évidemment là qu’apparaît le choix cornélien entre lettres et Science, la voie « royale » ou la filière « poubelle ». C’est l’image qui traîne en Lettres : pas de débouchés, pas d’utilité. Et là est bien le problème, car on fait de grandes déclarations d’amour aux filières littéraires, mais dans la pratique on se rend compte qu’il y a plein de suppressions de postes à l’Université. Cette année, un poste seulement de Maître de conférences en Latin. Au niveau de l’image qu’ont ces littéraires dans l’entreprise, oui, on veut les recruter, mais c’est rarement à des salaires équivalents à ceux des sciences. Par conséquent, on a une disparition progressive de certains éléments qui faisaient la force de nos universités dans le monde, alors même que tous les pays émergents investissent massivement dans les études littéraires. Dans des pays comme l’Angleterre, on continue à suivre des Master de Lettres classiques purs, alors même que les coups ne sont pas exactement les mêmes qu’en France (c’est très cher). Donc c’est finalement une exception en France, où ces filières sont dévalorisées, avec des débats derrière qui opposent les classes préparatoires aux universités, ou qui disent que dans les Lettres c’est sélectif ou corporatif. »

Philippe MANGEOT : « Je suis un type même de mélange de culture d’entreprise et de culture littéraire. Dans les entreprises où j’ai travaillés, il y a un plafond de verre pour ceux qui savent mal s’exprimer, c’est-à-dire qu’au fond, au moment de choisir les gens qui feront partis du comité de direction ou qui auront de grandes fonctions, il y a une vraie différence qui se fait sur la capacité d’expression. Et la seconde chose est que l’avantage compétitif que procure la langue est dans le monde des affaires absolument considérable. On le voit avec l’anglais, pour ceux qui sont de langue anglaise et ceux qui maitrisent une espèce de business langue (…). Et après, je distinguerai l’Education Nationale de la réalité, c’est-à-dire que dans la réalité il y a de plus en plus d’initiatives qui viennent de la part des entreprises ou des grandes écoles de commerce qui visent à intégrer les littéraires dont on a bien compris qu’ils avaient un certain nombre de qualités intellectuelles utilisables pour l’entreprise. »

Marin de VIRY : « Il y a en effet une spécificité française. Il se trouve qu’en France depuis la quatrième République, les maths sont devenues la discipline sélective. Avant, c’était le Latin ou les Humanités au sens large. Et en Angleterre, voire aux Etats-Unis, c’est resté les humanités au sens large. Donc il y a quelque chose de très français dans ce choix. (…) Néanmoins je crois que les choses sont en train de changer. (…) Les écoles de commerce aujourd’hui réservent des places à des étudiants en classes préparatoires via l’extension des concours des Ecoles Normales Supérieures de Lettres aux écoles de commerce, ce qui fait que 10% des khâgneux rentrent dans des écoles littéraires, mais 40% rentrent dans des écoles de commerce au sens large. (…) C’est un signe que le monde de l’entreprise commence (ou recommence) à s’intéresser spécifiquement aux qualités littéraires. »

Sons diffusés :

  • résultats du baccalauréat sur TF1 en juillet 2001

  • Tzvetan Todorov dans l’émission « Eclectik » sur France Inter le 17 févier 2007

  • « La fac des Lettres » interprété par Jacqueline Taieb

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 04.07.13 intitulée « Fabienne Verdier et Daniel Abadie », cliquez ici.

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