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A quoi servent les riches ?

28 min
À retrouver dans l'émission

En partenariat avec la revue Books, qui consacre son numéro de Mars (n°41) un dossier à la question "A quoi servent les riches ?" .

Avec : Christophe PROCHASSON Magali REGHEZZA Thierry PECH
Christophe PROCHASSON : « Les riches semblent aujourd’hui malmenés. Le magazine Books propose une réflexion en trois temps sur l’utilité sociale des riches : stimuler l’économie, soutenir les arts ou encore apaiser la misère du monde (philanthropie américaine par exemple). Ces trois utilités peuvent être discutées, mais l’intérêt de notre conversation n’est-elle pas dans la nécessité qu’il y a aujourd’hui à justifier la richesse d’un point de vue moral. Cette façon de penser, de rejeter unilatéralement les riches me semble en retrait car on préfère distinguer les bons riches (qui investissent) des mauvais qui étalent leur pognon. La question est tout autant morale qu’économique.

[…] Le mot riche a une connotation morale, alors mieux vaut s’en débarrasser pour aborder la question d’un point de vue plus systémique. Riche renvoie à un registre de l’ordre de la dénonciation morale. »

Thierry PECH, rédacteur en chef d’Alternatives économiques : « Mettons la morale de côté, il vaut mieux les traiter à la fin sinon on ne comprend pas les questions de système. Ca fait très longtemps que l’on traite la question d’un point de vue moral : le luxe économique permet de faire vivre la communauté (La Fable des Abeilles de Bernard Mandeville). Est-ce que l’utilité des riches a augmenté de manière proportionnelle à l’augmentation de leurs revenus. On aperçoit dans le top 5 des revenus qu’ils ont été multipliés par 7 en 40 ans. Ces riches sont-ils devenus sept fois plus utiles ? La réponse est non. Alors comment comprendre cet argument de l’utilité sociale des riches dans un monde où la croissance est faible, sinon en faisant l’hypothèse qu’on a inventé bien des moyens pour les détenteurs de capital de s’enrichir en période de croissance faible ?

[…] Les riches ne sont pas les 10% dont on parle. En réalité, les riches dont on parle sont les 0,1% (600 000 personnes en France).

[…] Il y a peu on n’hésitait pas à parler de pauvres mais on hésitait à parler de riches. On a longtemps euphémisé les débat sur la richesse et il a fallu que l’économétrie nous montre que ces revenus avaient augmenté de manière disproportionnée en peu de temps. Il existe effectivement des riches, i.e. une catégorie de population qui s’est dégagée du sort commun, comme une échappée d’un peloton de cyclistes. Je suis de ceux qui pensent que c’est le résultat d’une mutation économique et culturelle. Nos sociétés regardent la réussite matérielle comme l’horizon le plus désirable. On critique, mais on envie la position qui est la leur et c’est dans ce paradoxe qu’on n’est pas clair.

[…] Il faut que les mots parlent et désignent des choses. Ils appartiennent à tout le monde, il ne faudrait surtout pas revenir à une époque d’euphémisation. Le débat sur la formation primaire des revenus est plus intéressant que le débat fiscal. C’est là que se joue le problème. »

Magali REGHEZZA : « Le problème n’est pas riche / pauvre mais l’accaparement de la richesse par un petit nombre de personnes. Qu’est-ce qui légitime en termes d’efficacité économique cette concentration des richesses sur un tout petit nombre ?

[…] Les catégories riches / pauvres sont trop connotées pour être pertinentes. Si on passe des individus aux territoires, on a les mêmes processus à l’œuvre. Quelles catégories scientifiques construire pour décortiquer ces mécanismes simplistes qui ne passent pas dans le débat ? Il y a une caricature qui fait fusionner les idéologies et on n’y comprend plus rien.

[…] Je ne suis pas sûre que l’on sache vraiment ce qu’est la pauvreté et la richesse. Il ne s’agit pas d’euphémiser mais de savoir de quoi on parle. Il est intéressant d’observer comment le politique utilise ce flou pour stigmatiser les catégories et éviter de faire avancer le débat ? »

Sons diffusés :

  • Extrait de « Que les gros salaires lèvent le doigt » (1982) de Denis Granier-Deferre.

  • Extrait de « La Folie des Grandeurs » (1971) de Gérard Oury

  • Lord Kossity – « Les riches s’enrichissent ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 6 mars 2013 intitulée « 1913 : Alcools d’Apollinaire », cliquez ici.

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