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Singer : universalité d'un écrivain du singulier

28 min
À retrouver dans l'émission

A partir de la réédition de deux ouvrages de Singer, La Coquette, La famille Moskat (Stock), et de la publication d'un cahier de L'Herne consacré à l'auteur.

Avec :

- Geneviève BRISAC

- Pascal ORY

- Tobie NATHAN

Geneviève Brisac : « Singer se caractérise par son sens de l’humour incroyable et la simplicité propre aux génies, deux éléments qui font qu’il est méconnu en France. Il savait se moquer de tout, il détestait les clichés, les faux savants, les prétentieux, les puritains, et avait conscience que les grands livres ne sont que des ragots sublimés. Ces ragots, il les écoutait dans la cafétéria où il avait ses habitudes et où il discutait avec les gens. C’est de la grande littérature, écrite en yiddish.

Il ne fait pas que raconter des histoires. Il a le son absolu : tout ce qu’il entend, il l’enregistre, il s’en imprègne et ça devient un son absolu des histoires de l’humanité. Il faut dire que c’est le cadet de la famille du rabbin Singer : toute la journée, il écoute des histoires que viennent raconter les villageois à son père. Il tire donc sa force de son génie, mais aussi de son enfance. Jeune, il s’est identifié à Spinoza : quand il a 15 ans, il lit un livre sur lui, qui le bouleverse. Brusquement la vérité lui apparaît : tout est divinité. Se sentir comme une particule de la vie lui permet de se donner confiance, et donc d’écrire.

Il y a toujours quelque chose qu’on ne comprend pas dans la vie, et c’est la base de ce qui nous fait raconter des histoires. Il donne trois raisons pour écrire une histoire : d’abord, il faut avoir une idée ensuite, il faut avoir follement envie de l’écrire enfin, il faut avoir la certitude d’être le seul à pouvoir l’écrire. »

Pascal Ory : « Il y a une génie spontané de Singer. Ce qui me frappe c’est qu’il y a un contraste saisissant entre ce qu’on peut trouver de jouissif à lire ses textes, et la relative solitude de Singer du début à la fin. En le relisant, j’ai l’impression que c’est un mélange de vaudeville et de fantastique. On ne sait exactement sur quel pied danser, entre préoccupations triviales et quotidiennes à la théologie.

Il écrit en yiddish, mais la référence pour les traductions est la version anglaise. La richesse de vocabulaire, de jeu sur les instances de la langue, est surtout dans la version yiddish. L’anglais l’appauvrit. Il faudrait reprendre les textes yiddish, et traduire à partir de ces textes. »

Tobie Nathan : « C’est un écrivain exceptionnel : il a saisi que la littérature, c’est juste des histoires et que ceux qui s’attachent à la forme détruisent la littérature.

La Shoah est un élément important de son œuvre. Il a un ennemi, Hitler, qui voulait faire disparaître la vie juive en Europe. Il affronte non pas des petits personnages, mais Hitler, Dieu, le destin, et il leur règle leur compte avec humour et force.

S’il est méconnu en France, c’est parce que c’est un personnage religieux, d’une religion particulière. Son père appartient à un courant qui considère qu’on peut influencer Dieu. Pour sa mère, on ne peut influencer Dieu, on ne peut que lui obéir. Il construit son univers autour de tout cela, et s’invente une religion dans Spinoza, quand il découvre que Dieu n’a pas de pitié. Quelque part, il est profondément hérétique, mais il ne veut pas se couper de sa communauté.

Un des personnages qu’on retrouve souvent chez lui est le dibbouk. C’est un homme fiancé qui meurt avant de se marier, sans avoir consommé le mariage. Une fois dans le monde des morts, il se colle à une femme vivante et ne la lâche plus. Singer montre qu’on ne prend pas conscience de soi tant qu’on n’a pas vu ce personnage invisible. C’est ainsi qu’il atteint l’universel, en montrant des choses qui sont en nous mais que l’on ne voit pas.

Et n’oublions que Singer, c’est un auteur sur le sexe, sur le sexe du quotidien ! »

Sons diffusés

  • Discours de réception du Nobel par Isaac Beshevis Singer, dans Un siècle d’écrivains , France 3, le 2 octobre 1996.

- Taïbelé et son démon , d’Isaac Beshevis Singer, lecture de Catherine Sellers.

  • « Friling », de Wolf Krakowski.

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