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A-t-on perdu foi en nos experts ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A partir deLa disqualification des experts , communications prononcées lors des Entretiens de l’Académie des sciences morales et politiques, au Palais de l’Institut de France le lundi 28 novembre 2011 (Editions Hermann, paru en novembre 2012).

Sébastien BALIBAR .

Antonio CASILLI.

Tobie NATHAN.

Sébastien Balibar : « Je crois que la situation est grave, parce que d’une part nous avons besoin d’experts et d’autre part on ne leur fait pas confiance. […]D’abord, qu’est-ce qu’un expert ? En principe, c’est quelqu’un qui a une compétence dans un domaine sur lequel se pose une question à résoudre et qui va donc travailler pour produire une expertise, mais ce n’est en aucune manière quelqu’un qui décide lui-même. L’expert fournit une aide à des gens qui décident et qui peuvent être en particulier des hommes ou femmes politiques. Et les politiques décident à condition qu’ils aient confiance en l’analyse que fournissent les experts, ce qui leur permet en principe de faire un choix. […] Or si les experts n’ont pas confiance dans les politiques, alors on va peut-être évoluer vers une sorte de technocratie sans légitimité démocratique. […] Et si inversement les politiques n’ont pas confiance dans les experts (ce qui malheureusement est le cas en ce moment de plus en plus), alors il y a un risque de démagogie sans assise rationnelle, ce qui me paraît tout aussi grave. »

Antonio Casilli : « La question telle qu’elle est posée dans ce rapport sur la disqualification des experts de l’Académie des Sciences nous met face à un constat qui est un peu paradoxal. En fait, nous sommes face à une disqualification croisée des experts. Les experts ne sont pas en crise. L’expertise n’est pas en crise. Au contraire, nous avons trop d’experts, trop de personnes qui se proclament experts. […] Je renvoie à ce que dit Gérald Bronner dans son livre sur La Démocratie des crédules et aussi dans le rapport sur la disqualification des experts, l’idée qu’il y aurait un marché « cognitif » (c’est la définition qu’il introduit). C’est-à-dire que les croyances (qu’elles soient appuyées par des évidences scientifiques ou alors qu’elles soient tout simplement formulées « dans un garage » par quelqu’un qui serait un expert autoproclamé) sont dans une forme de concurrence. En tant que sociologue, je vois cette concurrence comme une manifestation d’un autre phénomène, celui des controverses qui sont générées par l’introduction d’innovations technologiques ou scientifiques. […] Cela engendre des disqualifications croisées. […]Mais personnellement, je considère ceci comme un fonctionnement démocratique et non pas comme un trait négatif de l’état actuel des choses. »

Tobie Nathan : « Moi, ce qui me frappe beaucoup, c’est cette notion de confiance. Pourquoi est-ce qu’il faudrait avoir confiance ? Ce sont des scientifiques. La question n’est pas la confiance ou pas la confiance. Ils relatent des faits. Normalement, ces faits, ils les démontrent ou ils ne les démontrent pas. Pourquoi faudrait-il avoir confiance dans les experts ? Le livre de Bruno Latour qui vient de sortir (Enquête sur les modes d’existence ) commence par une histoire comme ça : […] « si vous n’avez plus confiance dans l’institution de la science, alors rien ne va plus ». Mais qu’est-ce qui s’est passé pour qu’il faille avoir confiance dans la science ? On n’a pas confiance dans la science ! Ou elle dit, ou elle ne dit pas. Et c’est là que nous avons besoin des disciplines nouvelles comme la sociologie des sciences, la philosophie des sciences, l’anthropologie des sciences. […] Et je ne suis pas d’accord avec cette expression d’« experts autoproclamés ». Ce sont des groupes qui sont « concernés ». […]Enfin, moi j’aime beaucoup la notion que développe Isabelle Stengers et qui parle de « jurys citoyens » qui seraient capables de mettre en expertise les expertises. »

Sons diffusés :

  • Etienne Cendrier au micro de Jean Leymarie le 31 janvier 2013.

  • Archive : Isabelle Stengers au micro d'Hervé Gardette dans l'émission "Du grain à moudre" du 31 janvier 2013.

  • Archive : Gérald Bronner au micro de Marc Voinchet dans "Les matins" du 7 mars 2013.

  • "La java des bombes atomiques" par Sanseverino.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 27.03.2013 intitulée « Dieudo Hamadi et Marc-Henri Wajnberg », cliquez ici.

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