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Valeria Bruni Tedeschi au Festival de Cannes, le 23 mai 2017.

Valeria Bruni-Tedeschi en quête d’harmonie

28 min
À retrouver dans l'émission

Nous recevons Valeria Bruni-Tedeschi, cinéaste et comédienne, pour son dernier film, "Les Estivants", qu'elle a écrit et réalisé, dans lequel elle tient le premier rôle. Une rupture amoureuse, des vacances en famille luxueuses sur la Côte d'Azur, une satire de la bourgeoisie, un film sur le cinéma.

Valeria Bruni Tedeschi au Festival de Cannes, le 23 mai 2017.
Valeria Bruni Tedeschi au Festival de Cannes, le 23 mai 2017. Crédits : Valery Hache - AFP

Après Un château en Italie, la cinéaste continue à nous raconter une histoire de famille, la sienne, mais attention fiction, ce film tendre et cruel s’appelle Les Estivants (en salles le 30 janvier 2019). Valeria Bruni-Tedeschi est notre invitée.

Anna rejoint la propriété familiale de la Côte d’Azur pour les vacances, où l’attendent sa mère, sa fille, sa sœur, son beau-frère et autres amis de la famille, où va la rejoindre sa co-scénariste Nathalie (Noémie Lvovsky). Un projet de film sous le bras et une rupture amoureuse toute fraîche, avec Luca, à peine formulée, pas digérée. 

"On croit arriver au paradis, et c’est l’enfer", dit Yolande Moreau en Jacqueline l’intendante. Sous des airs de dolce vita, la famille, c'est pas toujours des vacances.

C'est une grande guerre à l'intérieur des familles. C’est des guerres, et en même temps il y a quand même toujours de la tendresse. Pour moi, c'est très important de raconter les personnages en regardant leurs noirceurs, et avec parfois de la cruauté, mais toujours avec de l'amour et de la tendresse.

Je voulais vraiment qu’il y ait une terrasse devant la maison, un peu surélevée, où on dîne, où on vit, où on boit des verres, qui nous donne la sensation d’une scène, avec des petites marches, comme quand on monte sur scène. J’avais envie vraiment de cette sensation que notre vie est une pièce de théâtre […], qu’on est des acteurs qui racontent cette pièce incompréhensible et chaotique. […] Il y a le personnage de la petite fille dans le film, qui est la seule enfant du film, qui regarde tous ces adultes comme si elle était au spectacle.

C'est tendre, notre façon de nous agiter dans la vie pour essayer d'avoir un peu d'amour. […] Le film, [c'est] ça, c’est le chagrin d'amour du personnage que je joue, son besoin d'amour [contamine] un peu tous ces vingt autres personnages. […] C’est vraiment un film où on avait comme défi de raconter l’histoire de vingt-et-uns personnages.

On ne joue pas, on n'a pas le goût de jouer avec le jeu de piste, de faire des clins d'œil. […] On travaille comme ça, c’est un peu une méthode de travail – on prend inspiration de la réalité, […] de la réalité des films qu’on aime, […]. On prend inspiration de nos réalités, et puis on les élabore, et on s'amuse avec notre imaginaire, […] on essaie de créer un autre monde, qui est un monde de fiction. […] C’est une autobiographie imaginaire. […] Il y [a] ces deux mots qui ne vont pas ensemble, qui [font] un choc, et surtout le deuxième mot, le mot "imaginaire", il naît après, parce que c’est le mot le plus important. L’autobiographie, c’est un point de départ, […] la réalité, c’est un point de départ, et ensuite l’imaginaire prend les rênes de la situation. Les personnages parfois même ont leur mot à dire.

Le cinéma nous permet non seulement de parler des morts, mais de leur permettre à eux à nouveau de parler, et ça, c'est vraiment miraculeux.

Le fait d’en parler dans ce film, de faire que les personnages en parlent, déjà c’est une façon de le résoudre, […] d’ouvrir le débat dans le film lui-même, dans cette mise en abîme. […] Il m’est arrivé de blesser, il m’est arrivé d’avoir des amitiés abîmées. […] Bertolucci disait : "Chaque film est un petit crime." […] Moi, je n'ai pas envie de faire des crimes. Je pense qu'un film ne fait pas de mal quand on aime les personnages et quand le film a du sens.

Je pense que […] on a un seul chemin, dans la vie, qui va de la naissance à la mort, et qu’on essaie de le continuer avec un peu de cohérence, un peu de sens. Moi, j'essaie de donner du sens à ma vie avec mon travail. Je trouve que la vie est insensée, et avec mon travail, j’essaie de trouver un peu de sens, aussi dans le fait de retrouver des gens, de retravailler toujours avec les mêmes gens. Tout ça me fait beaucoup de sens. Ça me réconforte, ça me console de cette sensation de non-sens et de chaos.

De façon secrète et intime, […] même si j’adaptais un livre qui se passait dans le Moyen-Âge, je pense que ça serait autant autobiographique que ce film.

On avait envie de regarder dans ce huis clos les classes sociales, les idées politiques et les rapports de classe, et comment aussi l'amour traversait les différentes classes sociales, comment c’est possible – ou pas – une histoire d’amour entre deux personnes qui sont dans des milieux très différents. On avait envie d'en rire. […] C'était notre défi de départ.

La rupture, le divorce, la séparation nous renvoient directement à des frayeurs enfantines, à la peur de l'abandon, et donc nous renvoient à des émotions fondatrices de l'individu, et très profondes. Le divorce fait qu'un foyer se brise, un foyer tombe en morceaux, et le foyer, c'est quand même ce dont les gens ont toujours besoin pour essayer de se protéger contre l'angoisse du temps qui passe, de la mort. C'est un désastre. […] On ne peut pas dire autrement.

Personnellement, j’ai l’impression qu’on ne se remet pas vraiment des choses – qu’on prend de la distance, qu’on arrive ensuite à en parler, qu’on peut éventuellement aider aussi quelqu’un d’autre qui passe par là, parce qu’on a une expérience, et donc on peut en faire un petit peu de l’or, de son expérience, parce qu’on la partage. Mais je ne crois pas qu'on dépasse vraiment ni la mort des proches, ni les ruptures, ni les grandes douleurs. […] On se forme dessus, mais je ne crois pas qu’on les dépasse.

En fin d'émission, nous évoquons dans une courte interview avec Barry Jenkins son nouveau film qui sortira également en salles le 30 janvier. Si Beale Street pouvait parler est l'adaptation du roman éponyme de James Baldwin. A Harlem, dans les années 1970, Tish et Fonny, deux Afro-Américains, s'aiment depuis l'enfance. Mais Fonny est accusé de viol et ses proches mettent tout en œuvre pour le faire libérer. Magnifique ode à l'amour et constat sans concession du racisme de l'Amérique des années 1970, Si Beale Street pouvait parler est un des événements de ce début d'année.

Bibliographie

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