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Waed Bouhassoun

Waed Bouhassoun chante la Syrie à la Philharmonie

26 min
À retrouver dans l'émission

Qu'est-ce que l'on sauve au juste lorsque l'on joue de la musique pour un pays ? On sauve de l'oubli assurément, et l'on vivifie les corps et les voix par la chaleur des poèmes. Waed Bouhassoun, chanteuse et oudiste syrienne, est invitée pour le « Week-end Syrie » à la Philharmonie (9 et 10 mars).

Waed Bouhassoun
Waed Bouhassoun

Waed Bouhassoun quitte la Syrie deux ans avant le déclenchement de la guerre, pour l'amour de son art. Elle vit désormais en France et depuis lors, le chemin de retour à son village druze du sud de la Syrie s’allonge. Sa musique demeure un chemin sûr et profond, vers l'endroit de l'enfance et des racines. 

Elle est enfant lorsqu'un premier oud, d’abord destiné à son frère, passe les portes de sa maison. Elle se prend de passion pour l'instrument qui la fait voyager et lui permet de nourrir une riche conversation intérieure. 

J'ai commencé à jouer à l'âge de sept ans. C'est alors un enfant qui a choisi un instrument de musique... L'oud, c'est quelque chose qui complète ma personnalité. C'est devenu un ami, un amour. (...) Maintenant, quand mon père m'appelle de Syrie, il me demande "comment tu vas ? et comment il va, l'oud ?" 

C'est une personne qui vit avec moi. Et c'est la seule qui peut traduire ce que je veux dire. Dans la vie quotidienne, je ne parle pas trop, parce que je parle avec lui. 

Pour moi, l'oud, ce n'est pas seulement un instrument de bois ; il y a une véritable relation qui existe avec lui. Je pourrais rester un mois à échanger seulement avec lui. Je lui donne la chaleur de mon cœur. Il sent qu'il est bien entouré et je fais attention à lui. 

Après le conservatoire de Damas, sa musique la fait traverser les frontières et lorsque la guerre éclate en Syrie elle est installée en France, partageant sa vie entre la musique et l’écriture d’un mémoire universitaire consacré aux rites funéraires druzes. 

Mon père m'a donné une grande liberté. J'étais et je suis toujours bien entourée pour choisir le bon chemin. 

Ses deux disques : La voix de l’Amour et La voix de la passion, mettent en musique des poèmes de différentes traditions. 

On ose s'exprimer avec la poésie. J'ai choisi de faire une déclaration d'amour vers Damas dans le disque avec Jordi Savall, parce que j'ai trouvé que cette poésie, qui vient du VIIe siècle, peut être une déclaration d'amour vers cette ville que je connais. Ce n'est pas une poésie ancienne : lorsqu'on la met en musique, elle est de nos jours.

La langue arabe, c'est la langue de la poésie. Je ne choisis pas un poème : je le mets en musique sans avoir lu sur la vie d'un poète ou sur ce qu'il veut dire. Je fais une mélodie qui sert le sens de la poésie. Mais quand je commence mes concerts, je commence avec l'oud. Parce qu'il me prépare à entrer dans l'atmosphère à laquelle j'invite le public. (...) Le public n'a donc pas besoin de comprendre la langue arabe parce qu'il y a plusieurs éléments. La langue, c'est une petite chose de plusieurs choses sur scène.

Sa rencontre avec Jordi Savall et ses projets d’orchestres notamment composés de musiciens réfugiés est une étape importante. 

J'ai eu la chance d'avoir rencontré un tel musicien, avec une telle générosité.

Le projet Orpheus XXI a été relancé en 2016. On était à Calais avec Jordi Savall, dans les camps de réfugiés. (...) La musique peut aider à intégrer dans nos sociétés, dans nos vies. Certains musiciens sont très connus dans leur pays, dans leur ville. Et ils viennent ici, et il faut tout recommencer. C'est très difficile. (...) Ce projet donne la possibilité à ces musiciens de se rencontrer, de travailler ensemble.

Elle sera aux côtés de Jordi Savall ce dimanche 10 mars, avec les ensembles Orpheus XXI et Hesperion XXI pour le concert à la Philharmonie de Paris qui consacre un weekend entier à la culture Syrienne . 

Extraits sonores : 

  • Archive Rabhi Abou Khalil / 2012 "ce n'est pas le crayon qui fait la poésie" 
  • Waed Bouhassoun / La voix de la passion (Buda Musique) / 2016 / "Pleine Lune"
  • ARCHIVE JORDI SAVALL / FRANCE MUSIQUE / MAI 2018
  • Waed Bouhassoun / La voix de la passion (Buda Musique) / 2016 / A Alep / A capella 
Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
Production déléguée

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