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 Fragment d'anatomie corps de femme, sculpture en terre cuite naturelle rose par Enrico Campagnola.

Comment incarner le féminisme ?

34 min
À retrouver dans l'émission

Avec Camille Froidevaux-Metterie, professeure de sciences politiques, qui publie "Le Corps des femmes. La bataille de l'intime, nous parlerons aujourd'hui féminisme, corporéité et émancipation - une libération qui peut désormais aller jusque dans les sphères les plus intimes de la féminité.

 Fragment d'anatomie corps de femme, sculpture en terre cuite naturelle rose par Enrico Campagnola.
Fragment d'anatomie corps de femme, sculpture en terre cuite naturelle rose par Enrico Campagnola. Crédits : Enrico Campagnola [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0

Un an après l’affaire Weinstein, quelle leçon tirer de cet événement ? Le corps féminin a-t-il fini sa révolution ? Comment s’incarne aujourd’hui le féminin ? Où en est le féminisme ?

Pour notre invitée, Camille Froidevaux-Metterie, cette libération s'est arrêtée au seuil de l'intime, et c'est là que commence un nouveau combat, un travail de fond pour l'égalité.

Elle signe Le Corps des femmes. La bataille de l’intime chez Philosophie magazine Editeur (2018), un court essai où elle rappelle que la révolution des femmes avait commencé bien avant les affaires de harcèlement et de violences sexuelles. Une révolution de l’intime, une réappropriation des corps, moins visible, mais sans laquelle la libération de la parole n’aurait peut-être pas eu lieu. 

Professeure de sciences politiques, chargée de mission égalité et diversité à l'université de Reims où elle enseigne, auteure déjà de La Révolution du féminin, paru en 2015 chez Gallimard, la politologue Camille Froidevaux-Metterie défend un féminisme heureux, positif et optimiste.

J’ai pour habitude de le qualifier d’incarné, ce féminisme, pour signifier tout de suite qu’il s’agit de parler du corps des femmes.

L’histoire féministe est cumulative. Il ne s’agit pas de considérer que le thème du travail, des rapports genrés ou des stéréotypes de genre est réglé. Ces batailles se succèdent dans le temps, mais s’additionnent également, jusqu’à la bataille de l’intime.

Ce qu’il se passe depuis ce tournant génital du féminisme […], c’est un phénomène de réinvestissement de cette dimension corporelle, mais dans ce qu’elle a de plus intime, c’est-à-dire sur tous ces sujets qui ont trait à la génitalité féminine.

Le corps n’est pas que biologique […]. Il s’agit de montrer précisément que la dimension incarnée, corporelle, physiologique, biologique, a des implications sociales, qu’il faut la penser justement à travers le prisme du pouvoir et des rapports de pouvoir.

Dans les domaines corporels qui les concernent au plus près, [les femmes] ont désormais […] la possibilité de faire tous les choix possibles, que ce soit dans le rapport aux moyens de contraception, dans le rapport à la maternité, à la sexualité.

Pendant toute ces décennies de lutte féministe, le domaine sexuel était resté en dehors du mouvement d’émancipation. Le tournant génital ou sexuel du féminisme consiste à rapatrier les thématiques corporelles, intimes, dans le champ des droits à revendiquer.

Je crois que le mouvement #MeToo parle bien davantage de plaisir sexuel qu’on a bien voulu le dire, et qu’il est absolument autre chose que la réactivation d’une quelconque guerre de sexes.

Je crois que le consentement, c’est précisément le fil rouge de toute relation intime, de toute relation sexuelle. C’est un langage de désir en réalité […] Il va de soi que tout se passe bien quand cet échange est mutuel et réciproque.

La sexualité est bien plus complexe que ces schémas binaires. Elle doit notamment se débarrasser de ce schéma qui oppose les hommes actifs d’un côté aux femmes passives de l’autre. Il faut en terminer avec ce concept de disponibilité sexuelle des femmes.

Nous vivons cette situation un peu paradoxale d’une immense liberté, dans la façon dont nous pouvons vivre notre corps, et en même temps, de la soumission à d’énormes contraintes. Ce paradoxe, il faut l’assumer, l’affronter, et y réfléchir en féministe.

Bibliographie

"Le corps des femmes" (Camille Froidevaux-Metterie, 4 octobre 2018)

Le corps des femmesPhilosophie magazine éditeur, 2018

Intervenants
  • philosophe féministe, professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’Université de Reims Champagne-Ardenne
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
Production déléguée
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